POLITIQUE
10/03/2017 07:46 EST | Actualisé 10/03/2017 07:46 EST

Justin Trudeau au Texas: gagner l'appui des pétrolières pour amadouer le président Trump

Avant même d'aborder la question des oléoducs et de l'énergie verte, ce qui était la raison de sa visite au Texas, Justin Trudeau a parlé de la relation canado-américaine comme de « la relation la plus fructueuse du monde ».

Un texte de Philippe-Vincent Foisy

Devant des gens d’affaires et des politiciens, réunis pour la conférence CERAWeek sur l’énergie, le premier ministre a répété le même message que ses ministres ont porté au cours des dernières semaines lors de leurs visites aux États-Unis : « les liens entre nos deux pays sont économiques, mais aussi stratégiques, c’est la relation la plus fructueuse du monde! »

«Rien n'est plus important à l'économie américaine que l'accès à une source d'énergie fiable, a-t-il dit. Le Canada est cette source.»

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Le premier ministre cherche des alliés partout aux États-Unis, dans l’éventualité où le président américain Donald Trump va de l’avant avec des mesures protectionnistes contre le Canada.

Répéter, répéter, répéter…

Répéter le message que la relation économique entre les deux pays bénéficie tant aux Américains qu’aux Canadiens est important, selon le ministre des Ressources naturelles Jim Carr. Il faut le « répéter à chaque occasion » parce que « nous ne sommes pas toujours dans la liste des priorités américaines ».

Le ministre Carr a aussi refusé d’expliquer ce que le Canada pourrait faire si les États-Unis allaient de l’avant avec une taxe à l’importation, une mesure proposée par les républicains qui pourrait faire augmenter le prix du pétrole canadien vendu de l’autre côté de la frontière. Il a toutefois l’impression que de nombreuses entreprises énergétiques favorisent le libre marché.

M. Carr n’a pas voulu non plus spéculer à propos des nouvelles politiques américaines en matière énergétique. Donald Trump a éliminé certaines réglementations adoptées sous les démocrates et veut prioriser les énergies fossiles.

«Nous ne connaissons pas les nouvelles politiques. C’est plus avisé de se préparer à différents scénarios et nous pourrons alors commenter. Notre stratégie, c’est d’étendre notre réseau d’entrepreneurs, mais aussi de politiciens avec qui nous travaillons.» - Le ministre des Ressources naturelles, Jim Carr

D’ailleurs, après avoir reçu les clés de la ville de Houston des mains du maire Sylvester Turner, jeudi soir, Justin Trudeau rencontrera vendredi le gouverneur du Texas, Greg Abbott, et la sénatrice de l’Alaska, Lisa Ann Murkowski. Mme Murkowski est la présidente du comité sénatorial sur l’énergie et sur les ressources naturelles.

Adoucir le ton?

Les nouvelles politiques américaines pourraient compliquer la tâche du gouvernement Trudeau, le forcer à être moins agressif en matière de politique verte, selon Jean-Thomas Bernard, professeur invité à l’Université d’Ottawa, spécialisé dans les questions énergétiques.

« M. Trump dit, ni plus ni moins : "Moi, je ne fais rien [au niveau environnemental]", explique-t-il. Ici, les entreprises disent : "Nous, on va supporter des taxes qu’eux n’ont pas." 75 % de notre commerce extérieur est avec les États-Unis, c’est sûr qu’on se pénalise par rapport à nos concurrents américains. »

M. Carr est d’ailleurs resté très prudent lorsqu’il a été appelé à commenter les propos du secrétaire de l'Agence américaine de l'environnement (EPA), Scott Pruitt, qui a affirmé à la télé américaine qu’il ne croit pas que le premier responsable du réchauffement climatique soit le dioxyde de carbone.

« Je ne peux pas parler pour lui, a indiqué le ministre. Cet enjeu n’est pas remis en question au Canada. On le sait [que le dioxyde de carbone cause le réchauffement climatique] et on a des politiques pour modifier la situation. On va chercher des gens dans l’administration avec qui on peut faire des affaires. Mais à la conférence [CERAWeek], les gens comprennent la relation entre la prospérité économique et la protection de l’environnement. »

Par ailleurs, le ministre Carr a partagé un repas à la même table que son homologue russe, Alexander Valentinovich Novak, mais ne lui a pas adressé la parole.

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