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10/03/2017 12:23 EST

Vincent Graton, troublant harceleur dans «Au secours de Béatrice» (ENTREVUE)

Véro Boncompagni

Au secours de Béatrice n’a jamais si bien porté son nom. Même si les téléspectateurs s’intéressent au bien-être de l’urgentologue, à ses blessures et à ses failles depuis quatre ans, plusieurs d’entre eux ont été profondément dérangés par l’arrivée de Gabriel, l’intervenant d’Urgence transplant qui s’est révélé menteur, manipulateur, narcissique, colérique et harceleur envers Béa. Un personnage troublant de justesse interprété par Vincent Graton, peu habitué aux rôles de «méchants».

Après 15 ans à jouer le bon gars dans L’Auberge du chien noir, comment vous êtes-vous senti en changeant complètement de registre dans Au secours de Béatrice?

C’était un grand cadeau. Dans L’Auberge, mon personnage, Marc Trudeau, est un père célibataire qui a élevé ses enfants seul. Il est compréhensif et assez bonasse. Et lorsque Sophie Lorain, qui joue et produit Béatrice, a su que l’émission se terminait, elle m’a parlé d’un personnage en développement. En lisant les premiers textes, j’ai découvert un gars impliqué dans le domaine des dons d’organes, un sujet qui m’intéresse beaucoup. Je voyais un passionné qui mettait parfois certains principes entre parenthèses pour arriver à ses fins, mais je ne m’attendais pas à ce qu’il devienne un peu cinglé! Quand j’ai reçu d’autres textes, j’ai vu à quel point il était torturé, angoissé et contrôlant. Ça m’est apparu comme un grand défi d’acteur.

Comment avez-vous abordé Gabriel pour qu’il apparaisse d’abord sympathique aux yeux du public?

Au départ, son intensité était au service de son travail, ce qui est facile à comprendre pour moi. Sa quête de dons d’organes était réelle. Mais doucement, j’ai intégré quelques brèches en lui, dans sa façon de regarder Béatrice, de la manipuler et de l’amener dans la culpabilité. Quand on interprète un personnage comme lui, même s’il est complexe et malaimé, il faut le «défendre» jusqu’au bout. Au fond, Gabriel aime Béatrice pour vrai, mais il l’aime très mal.

Qu’avez-vous puisé en vous ou dans ce que vous connaissez pour jouer son côté sombre?

Je me suis beaucoup inspiré de l’énergie sombre de l’ex d’une de mes anciennes copines. Il était excessivement contrôlant, très imprévisible et immensément narcissique. Je m’étais même dit à l’époque que j’allais jouer un gars de même, un jour. Et je dois avouer que je me suis donné un genre de mission avec Gabriel. Comme je n’arrive pas à supporter l’idée de la violence psychologique ou physique dans la vie, ce rôle était une façon pour moi de dénoncer ça. Je me disais qu’en l’incarnant le plus justement possible, ça allait faire jaser les gens. Et c’est ce qui se produit. Sur la page Facebook d’Au secours de Béatrice, plusieurs personnes, surtout des femmes, ont témoigné de situations semblables qu’elles ont vécues. L’émission a produit une espèce de catharsis. Mon personnage a déclenché quelque chose et les gens commencent à parler.

Comment vos proches ont réagi en vous voyant?

Quand ma blonde (NDLR : l’animatrice et productrice France Beaudoin) regardait l’émission à mes côtés, elle se tournait vers moi en me disant «tabouère qu’il est weird!». Je lui ai demandé si elle me reconnaissait dans Gabriel, et elle m’a dit que non. C’est hyper satisfaisant à entendre, surtout que je prends plaisir à disparaître complètement derrière mes personnages. En plus, j’ai rarement joué des «méchants», à l’exception du bum dans Chambres en ville, qui a fini par devenir sympathique, et du gars sur la poudre dans La Maison Deschênes. J’interprète surtout des personnes romantiques et généralement bons. C’est correct, ça fait partie de moi. Mais j’ai aussi des affaires qui bouillent en dedans. Spécialement quand je parle de politique ou d’injustices, je m’anime!

Justement, est-ce que c’est naturel pour vous de commenter l’actualité à l’émission Gravel, le matin, sur la Première Chaîne?

J’ai accepté pour me mettre en dehors de ma zone de confort, mais il y a quelque chose là-dedans d’extrêmement exigeant intellectuellement. J’ai toujours été informé, mais là, quand je dois parler de projets de lois, d’élections partielles, de seuils d’immigration ou de recyclage de plastique dans le monde, je dois faire des enquêtes, parler à des experts et fouiller énormément. Je connais le privilège d’avoir une tribune, ce dont tout le monde n’est pas conscient. Alors, quand je prends position, je m’assure que mes références soient justes. C’est comme quand je compose un personnage, je ne peux pas juste rester en surface des choses.

Et comment gérez-vous les réactions des gens face à vos prises de position?

Je me préoccupe peu de ça. J’essaie d’être le plus respectueux possible, même si je décoche quelques claques. Si je suis en concordance avec ce que je pense et que j’ai le sentiment d’avoir été gentleman, c’est ce qui m’importe.

Quels sont vos projets dans les prochains mois?

Je suis en réflexion par rapport à mon retour à l’émission de radio. La gang de L’Auberge du chien noir va peut-être organiser une petite soirée pour visionner le dernier épisode de l’émission dans deux semaines. En mai, je débute le tournage de la quatrième saison d’une émission de bouffe que j’anime, Le goût du pays, diffusée sur Unis TV. Et je ne sais pas encore si Gabriel va revenir dans la prochaine saison d’Au secours de Béatrice. Mais on sait qu’un harceleur reste un harceleur…

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