NOUVELLES
09/03/2017 07:04 EST | Actualisé 10/03/2018 00:12 EST

Syrie: vers une base de données de l'ONU sur les indices de crimes de guerre

Scotchés à même la peau ou cachés dans des caisses de bananes, ils pourraient constituer un jour des preuves de crimes de guerre en Syrie: des milliers de documents officiels rapportés par des citoyens au péril de leur vie vont être rassemblés dans une base de données par l'ONU.

Réunis jeudi à la Haye, plus de 150 experts, diplomates, représentants d'ONG et procureurs nationaux ont lancé un appel à soutenir le Mécanisme international, impartial et indépendant pour la Syrie (MIII), une base de donnée créée en décembre dernier par l'ONU pour accompagner les enquêtes et poursuites contre les auteurs de crimes de guerre.

Selon le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Bert Koenders, à l'initiative de cette réunion de travail sur la constitution de la base de données, des millions de pages et de giga-octets d'indices et de nombreux témoignages récoltés par des enquêteurs sont prêts à être rassemblés, analysés et compilés.

Ils pourraient permettre de bâtir de solides dossiers contre "les coupables des pires crimes imaginables" dans cette guerre qui a fait plus de 300.000 morts et provoqué l'exil de millions de personnes, selon le ministre.

Ces documents ont été rapportés au compte-gouttes de Syrie par des "héros de la résistance", a-t-il souligné.

Un officier de la police militaire syrien a ainsi, d'après le ministre, fui le pays avec, cachées dans ses chaussettes, des clés USB renfermant 28.000 photos de morts lors de gardes à vue menées par le régime de Bachar al-Assad.

Un fonctionnaire s'est scotché un millier de pages sur le corps, des documents révélant les ordres issus de la plus haute hiérarchie pour faire un usage aveugle de la violence, tandis que des enquêteurs ont fait sortir clandestinement du pays, et à travers de nombreux barrages, des preuves de crimes de guerre dans des cageots de bananes, a-t-il poursuivi.

"Ces six dernières années, la diplomatie internationale a déçu la population syrienne", or "nous ne pouvons rester assis et attendre que la guerre prenne fin", a remarqué M. Koenders, en dénonçant "une culture de l'impunité".

Mais la mise en place du MIII a un coût, de l'ordre de "13 millions de dollars (...) pour la seule première année", a ajouté M. Koenders en appelant les participants à la réunion de la Haye, notamment les représentants de pays, à lui fournir contributions, aide et expertise. Les Pays-Bas, où se trouvent le siège de la Cour pénale internationale, a déjà offert de l'expertise et un million d'euros pour aider à son lancement.

"Si nous parvenons à faire marcher ce mécanisme, nous ferons un pas de plus vers la justice", a déclaré M. Koenders, avant de conclure: "C'est le moins que nous puissions faire".

shm/jkb/emd