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09/03/2017 12:02 EST | Actualisé 10/03/2018 00:12 EST

En Irak et en Syrie, la pression s'accroît sur le « califat » de l'EI

Le groupe armé État islamique (EI) semble de plus en plus aux abois dans son « califat ». Pendant que ses combattants continuent de reculer devant les forces irakiennes à Mossoul, l'armée américaine augmente son appui aux miliciens arabes et kurdes qui comptent lancer la bataille pour la prise de Raqqa.

Le porte-parole de la coalition internationale conduite par les États-Unis, le colonel américain John Dorian, a confirmé jeudi que Washington a déployé davantage de marines pour appuyer les Forces démocratiques syriennes (FDS) qui ont Raqqa dans leur ligne de mire.

« On parle d’environ 400 hommes supplémentaires et ils seront sur place pour une période temporaire », a indiqué le colonel Dorian. Ces renforts apporteront « une puissance de feu supplémentaire et hâteront la défaite » de l’EI, a-t-il dit, mais ils ne seront pas sur la ligne de front.

Selon des responsables du Pentagone cités par le Washington Post, qui a révélé l'information mercredi, ces marines de la 11e unité expéditionnaire des marines ont quitté la base navale de San Diego avec des canons Howitzer de .155 mm.

Quelque 500 membres des forces d’opérations spéciales américaines étaient déjà déployés en Syrie pour conseiller leurs alliés syriens.

Les FDS, coalition regroupant des miliciens kurdes du YPG et des milices arabes, ont coupé lundi le dernier grand axe routier reliant Raqqa, capitale de facto de l’EI en Syrie, à la province de Deir Ezzor. Le colonel Dorian a d’ailleurs estimé que les manœuvres d’encerclement de Raqqa se « déroulent très très bien » et pourraient s’achever d’ici quelques semaines.

Selon Reuters, les FDS ont également fait savoir jeudi qu’ils comptent lancer le siège de Raqqa au cours des prochaines semaines.

En Turquie, la perspective que les États-Unis s’appuient sur des miliciens kurdes pour cette offensive anticipée ne plaît guère. Ankara assimile les forces kurdes à des « terroristes ».

Leur décision d’intervenir militairement dans le nord dans la Syrie s’explique d’ailleurs par leur volonté de limiter leur expansion à sa frontière sud.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a soutenu que le plan américain pour la reprise de Raqqa lui semblait confus. Il a aussi prévenu que la Turquie n’hésiterait pas à bombarder les forces du YPG dans le nord de la Syrie au besoin.

« Les YPG sont aussi dangereux pour notre sécurité que Daech », a-t-il dit, en utilisant l’acronyme arabe de l’EI.

La vallée de l'Euphrate, refuge des dirigeants de l'EI?

Un responsable du Pentagone a fait savoir lors d’une rencontre avec des journalistes, mercredi, à Washington, que le renseignement américain considère que des dirigeants de l’EI ont quitté Raqqa et Mossoul pour se réfugier dans des endroits plus sûrs dans la vallée de l’Euphrate.

« Je ne pense pas qu’ils aient renoncé » à tenir des territoires dans le cadre d’un « califat », a-t-il ajouté. « Ils font des plans pour continuer à fonctionner comme un pseudo-État centré sur la vallée de l’Euphrate », un vaste territoire situé entre les deux villes.

Selon lui, le chef de l’EI, Abou Bakr Al-Baghdadi, « est vivant », mais a « probablement quitté Mossoul » avant que la ville ne soit encerclée par les forces irakiennes et leurs alliés, a dit ce responsable, qui s’exprimait sous le couvert de l’anonymat.

Abou Bakr Al-Baghdadi « n’exerce probablement aucune influence tactique sur la manière dont la bataille est menée » à Mossoul, a-t-il précisé. « Il a probablement donné de grandes orientations stratégiques » à ses chefs militaires avant de quitter la ville.

Selon ce responsable, l’EI a perdu « 65 % du terrain » qu’il détenait à son apogée, en 2014 et la moitié de ses combattants. Le groupe ne compterait plus qu’environ 15 000 combattants, dont « 2500 à l’ouest de Mossoul et la ville voisine de Tal Afar », « un millier » dans la poche de Hawja, en Irak, et « 3000 à 4000 » à Raqqa.

À Mossoul, les forces irakiennes consolidaient jeudi leurs gains des derniers jours, dans le cadre de l'offensive lancée le 19 février pour reprendre la partie ouest de la ville, après avoir achevé la conquête de la partie est, fin janvier, après une centaine de jours de combat.

Ces forces ont repris mercredi la prison de Badouch, tristement célèbre parce que l’EI y a exécuté 600 détenus en 2014, principalement des chiites. Des centaines de femmes de la minorité religieuse yézidie y avaient été également détenues, selon des témoignages.

Les forces ont aussi repris le musée de Mossoul, où les djihadistes avaient mis en scène la destruction de trésors archéologiques, provoquant un tollé international.

Les forces irakiennes sont désormais aux portes de la vieille ville, un quartier densément construit et peuplé où les combats s'annoncent ardus. « Pour l'instant, le commandement n'a pas donné l'ordre d'avancer vers la vieille ville », a précisé le colonel Abdel Amir Al-Mohammedawi de l’unité d’élite du ministère de l’Intérieur.

Les organisations humanitaires craignent toujours que des centaines de milliers de personnes toujours présentes à Mossoul-Ouest manquent de nourriture et de soins. Selon l’Organisation internationale pour les migrations, seuls 50 000 des 750 000 habitants qui étaient sur place au moment du déclenchement de l’offensive ont quitté la ville pour se réfugier dans des camps de déplacés.