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09/03/2017 02:27 EST | Actualisé 09/03/2017 02:30 EST

«L'odyssée», Lambert Wilson incarne l'autre visage de Cousteau

Coco Van Oppens

Pour toute une génération de Français, le commandant Jacques-Yves Cousteau représente ce grand-père idéal, attachant et rigolo, grand amoureux des fonds sous-marins. Mais l’explorateur qui a marqué le petit écran avait aussi ses grosses parts d’ombre. Dans L’odyssée, Lambert Wilson interprète le légendaire personnage à travers sa vie de famille houleuse et quelques secrets bien gardés.

Cousteau nous aurait-il menti pendant toutes ces années? Sous son bonnet rouge en laine et sa franche bonhommie, se cachait-il un séducteur solitaire et égoïste prêt à sacrifier sa propre progéniture? Le biopic de Jérôme Salle retrace trente ans de son existence en contextualisant toute une époque. Comme des millions d’autres jeunes téléspectateurs, les documentaires de Cousteau ont accompagné la jeunesse de Lambert Wilson.

«La vie privée des autres, cela ne m’intéresse pas vraiment, déclare Lambert Wilson en entrevue. Je savais que Cousteau avait perdu son fils Philippe lors d’un accident d’avion en 1979. Le scénario de Jérôme Salle se focalisait sur sa vie familiale et ses relations avec ses proches, ce qui impliquait d’aborder des aspects méconnus de sa personnalité.»

Bronzé et amaigri, l’acteur français a littéralement redonné vie à Cousteau. En acceptant le rôle, il a vite réalisé les similitudes entre la famille Cousteau et la sienne. Fils du célèbre comédien de théâtre Georges Wilson, il a notamment dû composer avec la notoriété d’un paternel plus grand que nature.

«Comme Cousteau, mon père avait son nom dans le dictionnaire. Ses enfants ne sont pas allés à l’école jusqu’à l’âge de huit ans. Ils ont accompagné leur père dans ses folles expéditions. Durant mon enfance, j’ai aussi eu une relation peu conventionnelle axée sur la liberté. Les choses se sont corsées pendant mon adolescence, où il a fallu que je trouve mon propre chemin en opposition à ce père dévastateur. La même chose s’est produite avec les garçons de Cousteau.»

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Cousteau = salaud

Pour les besoins du tournage, le réalisateur a rencontré les anciens de l’équipage du navire Calypso et plusieurs membres de la famille, dont certains n’ont toujours pas colmaté les plaies. Malgré la figure publique, Cousteau était en fait un homme secret. Dix-neuf ans après sa disparition, plusieurs aujourd’hui l’accusent d’imposture, rappelant le mal qu’il a fait à la nature.

«Qui sommes-nous pour juger des agissements du commandant?, ajoute Wilson. Il faut dire qu’en France on aime bien déboulonner nos icônes. Cousteau était trop beau pour être vrai, alors il y en a quelques-uns qui ne se gênent pas à faire rimer Cousteau avec salaud. Le film montre sa prise de conscience. Il s’est rendu compte de la fragilité du monde. C’est grâce à lui que l’Antarctique est préservé jusqu’en 2048.»

Portée par des images magnifiques tournées un peu partout sur le globe, L’odyssée est une fresque marine de haut calibre. «Le gens ont été ravis par le caractère épique du film, mais ils ont été également secoués par le portrait de Cousteau. Le commandant savait vendre l’image rassurante d’un explorateur globetrotter, et là ils voyaient une figure ambiguë aux multiples facettes. J’ai moi-même été surpris de découvrir son côté séducteur invétéré, mais il faut savoir qu’à l’époque, lui et son équipage du Calypso étaient de véritables sex-symbols.»

Cette entrevue a été effectuée à Paris grâce à l’invitation des Rendez-vous d’Unifrance.

L’odyssée – Drame biographique – Entract Films – 123 minutes – Sortie en salles le 3 mars 2017 – France.