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08/03/2017 03:42 EST

Campagne pour faire débloquer le prolongement de l'autoroute 19

Radio-Canada

Dans le cadre d'une campagne dans les médias sociaux, des élus de la Rive-Nord de Montréal augmentent la pression sur le gouvernement du Québec pour faire débloquer le projet de prolongement de l'autoroute 19, entre Laval et l'A-640.

Un texte de Francis Labbé

« Ça fait 40 ans qu'on attend. Le gouvernement prend les gens pour des valises », s'indigne le maire de Bois-des-Filion, Paul Larocque.

La Coalition pour le parachèvement de l'autoroute 19, ce projet prévoyant notamment des voies réservées pour le transport en commun, a lancé, lundi dernier, sa campagne sur Facebook. L'objectif est de faire pression sur le ministre des Transports afin que ce parachèvement soit inscrit au Plan triennal d'investissements dans les prochaines semaines.

« Nous lançons un défi à la population. Chaque jour, pendant 19 jours, sur notre page Facebook, les gens peuvent prendre connaissance d'un message. Ils sont ensuite appelés à contacter le ministre pour lui passer le message. Notre vidéo au sujet de cette campagne a été visionnée plus de 80 000 fois. Nous sommes étonnés et ça témoigne de l'exaspération de la population », affirme le maire Larocque.

La campagne prendra fin au moment où Québec s'apprêtera à déposer son budget provincial. La Coalition pour le parachèvement de l'autoroute 19 souhaite que Québec prévoie dans ce budget les sommes nécessaires aux études préalables aux travaux de construction.

« Il y a trois viaducs qui passent au-dessus de la 640 et qui sont inutilisés depuis 40 ans. Et on est encore en train de faire des études. Il y a de l'exaspération dans la population. Depuis 40 ans, la population des Basses-Laurentides a beaucoup augmenté, mais Québec n'a aménagé aucun nouvel axe routier. Nous sommes doublement perdants », poursuit M. Laroque.

La mobilisation pour faire pression sur Québec dans ce dossier s'est accentuée ces dernières semaines. Le 25 janvier dernier, des députés fédéraux de la Rive-Nord ont lancé une pétition, sur le site Internet de la Chambre des communes, demandant notamment qu'Ottawa intervienne dans le financement du parachèvement de l'A-19.

«Au lieu d'appeler les gens à la désobéissance civile, nous leur proposons d'écrire au ministre.»

— Paul Larocque, maire de Bois-des-Filion

Le ministère des Transports proposait d'aménager une autoroute à quatre voies entre l'A-640, au nord, et le boulevard Saint-Martin, à Laval. Un projet évalué à 600 millions de dollars, auquel s'opposent plusieurs groupes environnementaux.

« Un boulevard urbain serait fort probablement acceptable et beaucoup moins coûteux », affirme pour sa part Guy Garand, directeur général du Conseil régional en environnement de Laval. « Il faut cesser d'aménager des autoroutes et des ponts, qui vont inévitablement finir par s'engorger. Il faut cesser complètement cette façon d'aménager là. »

«Je sais qu'il y a les élections municipales à l'automne, et que l'an prochain ce sont les élections provinciales. La pression va augmenter, mais il faut prendre notre temps et penser autrement.» - Guy Garand, directeur général du Conseil régional en environnement de Laval

Une saga

Les travaux d'aménagement de l'autoroute 19 ont commencé au début des années 1970, dans le cadre du réaménagement autoroutier de la Rive-Nord. À l'époque, Québec et Ottawa voulaient aménager un véritable réseau, qui comprenait l'A-50, l'A-13, l'A-15, l'A-19 et l'A-640, permettant de faciliter les transports reliés, entre autres, à l'arrivée de l'aéroport de Mirabel.

Les travaux d'aménagement de l'A-19 ont entraîné la démolition du centre-ville de Bois-des-Filion et l'expropriation de 80 propriétés. Une trentaine de commerces ont aussi été démolis. Finalement, en 1977, un décret de Québec mettait fin aux nombreux projets autoroutiers en développement. L'autoroute a fait l'objet d'une promesse électorale du premier ministre Jean Charest en 2010, en vertu de laquelle elle aurait dû être complétée... en 2015.

BAPE 2015

Après une consultation publique, le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) a remis son rapport sur le prolongement de l'A-19 en mars 2015. Le BAPE y écrivait : « Tout en reconnaissant l’urgence d’agir, une analyse comparative plus approfondie est requise entre les scénarios d’autoroute à deux voies et ceux de boulevards urbains. »

Le ministère des Transports avait rejeté ce dernier scénario, notamment pour des raisons de sécurité, en s'appuyant sur les conclusions d'une étude de 2009 sur le sujet :

«Ce scénario est discutable en raison des nombreuses convergences de voies et des problèmes de sécurité qui peuvent y être associés [...] Ce scénario n'est donc pas fonctionnel et présente des risques au niveau de la sécurité. Pour ces raisons, le scénario de boulevard urbain à deux voies est rejeté.» - Tecsult, Dessau, étude d'opportunité, corridor de l'autoroute 19, juin 2009

Au ministère des Transports, on explique ce délai par le fait que des analyses sont toujours en cours dans ce dossier. « Nous avons poursuivi avec une analyse supplémentaire pour bonifier l'offre de transport collectif, ce qui inclut le covoiturage. Cette analyse est toujours en cours de traitement », explique Sarah Bensadoun, porte-parole.

Mme Bensadoun n'a pu donner d'échéancier pour cette dernière analyse, ce qui irrite le maire de Bois-des-Filion, Paul Larocque. « Ça m'inquiète. Quand il n'y a pas d'échéancier dans un dossier, ça signifie soit que l'on ne travaille pas, soit que l'on ne travaille pas vite. Il y a un écoeurement qui est installé. »