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07/03/2017 09:38 EST | Actualisé 08/03/2018 00:12 EST

Un sommet sur l'avenir de l'UE post-Brexit, et de Donald Tusk

Les dirigeants européens décideront jeudi à Bruxelles s'ils confient un second mandat à la tête du Conseil européen au Polonais Donald Tusk, rejeté par son propre pays, ouvrant par un sujet conflictuel un sommet consacré à leur quête d'unité post-Brexit.

Les leaders nationaux se réunissent pendant deux jours, mais sans la Première ministre britannique Theresa May vendredi, comme c'est devenu l'usage pour les réunions informelles sur l'avenir de l'Union européenne (UE) après le départ programmé du Royaume-Uni.

Ils doivent notamment préparer une "déclaration" pour les 60 ans du traité fondateur de l'UE, qui seront célébrés à Rome le 25 mars. Ce texte solennel doit montrer que l'UE peut rebondir malgré les crises qui l'ont ébranlée, mais des fausses notes s'annoncent.

Le concept flou d'Europe à "plusieurs vitesses" cristallise pour l'heure les débats, certains comme la France et l'Allemagne y voyant le seul moyen d'avancer, tandis que d'autres, à l'Est notamment, y voient les germes d'une exclusion.

Selon le président Tusk, "si un nouveau bébé doit naître à Rome, son nom devrait être +Unité+, et pas +plusieurs vitesses+", a mis en garde mardi un haut responsable européen.

-'Nombreux soutiens'-

L'avenir à la tête du Conseil européen de l'ancien Premier ministre libéral polonais Donald Tusk, justement, offrira aux Européens un premier sujet de dispute dès jeudi après-midi.

Une large majorité des 28 est favorable à un nouveau mandat de deux ans et demi à la présidence de cette institution, dont le rôle est de coordonner les sommets fixant les priorités politiques de l'UE.

Mais le parti nationaliste au pouvoir à Varsovie, qui reproche à Tusk d'avoir "lutté contre son propre gouvernement" à Bruxelles, présente un candidat alternatif, l'eurodéputé Jacek Saryusz-Wolski, sur fond de bras de fer avec l'UE sur les atteintes à l'Etat de droit en Pologne.

Cette situation inédite ne bloque pas la candidature de M. Tusk, soutenu par une majorité d'Etats membres. Et sa réélection à la majorité qualifiée --21 pays au moins, représentant 65% de la population de l'UE-- semble acquise.

"M. Tusk bénéficie de très, très nombreux soutiens", a souligné mardi le secrétaire d'Etat allemand Michael Roth, appelant à "éviter de créer de nouveaux conflits dans l'UE", a-t-il lancé à l'adresse de Varsovie, qui dispose seulement du soutien de la Hongrie de Viktor Orban.

Un obstacle potentiel à la réélection de M. Tusk résidait dans la frustration des socialistes, qui déplorent que la droite monopolise les présidences au sommet de l'UE, avec Jean-Claude Juncker à la Commission et l'Italien Antonio Tajani au Parlement.

Mais "je ne participerai pas à (l')éviction" de Donald Tusk, a assuré le chef de l'Etat français François Hollande, un temps présenté comme un concurrent potentiel.

-'Pathétiques'-

Vendredi, sans Theresa May, les dirigeants européens tenteront de faire progresser la "déclaration commune" qu'ils doivent publier fin mars à Rome.

Jean-Claude Juncker leurs a préparé le terrain en proposant cinq pistes de réformes, allant d'une Europe se contentant d'être un marché unique à une Union plus intégrée, en passant par une Europe à "plusieurs vitesses".

C'est cette dernière option qui domine les débats, avec le soutien de Paris et Berlin, désireux de pouvoir avancer sur des thèmes comme le renforcement de la défense européenne sans être bloqués par des pays récalcitrants.

Réunis lundi à Versailles par M. Hollande, avec la chancelière allemande Angela Merkel, les dirigeants de l'Italie et l'Espagne ont également défendu cette idée.

Mais d'autres pays s'inquiètent de devenir des membres de seconde zone, comme ceux du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie) déjà vent debout contre la politique migratoire de Bruxelles.

Ces tensions compliquent la rédaction du texte solennel de Rome. "Je suis tout sauf satisfait avec l'état actuel des préparations", a lancé mardi l'Allemand Michael Roth, tandis que le Premier ministre slovaque Robert Fico a récemment déploré des préparatifs "pathétiques".

L'UE permet déjà d'avancer à des rythmes différents. Les dirigeants devraient l'illustrer jeudi en donnant leur feu vert à la création d'un parquet européen luttant contre les fraudes aux fonds européens, qui ne couvrirait au départ qu'une partie des Etats membres.

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