NOUVELLES
07/03/2017 10:08 EST | Actualisé 08/03/2017 07:14 EST

Une Montréalaise aide des artisanes d'ailleurs à bâtir leur entreprise

«Redonner une confiance à une femme, c'est aider toute une communauté», dit d'emblée Jennifer Lonergan, de ses locaux à Montréal.

En cette Journée internationale de la femme, l'entrepreneure et fondatrice de l'organisme montréalais Artistri Sud a une pensée pour les femmes à l'étranger, particulièrement celles vivant en situation de pauvreté.

Si elle se dit consciente des inégalités qui persistent au Canada, l'attention de cette exploratrice montréalaise s'est tournée vers ces femmes grandement marginalisées dans les pays en développement. Elle y a d'ailleurs consacré sa carrière en fondant, en 2009, l'organisme Artistri Sud qui les aide à générer un revenu de base.

Pour elle, le simple fait d'aider par de petits gestes une femme dans le besoin à devenir plus autonome financièrement peut avoir des bénéfices qui dépassent le compte en banque. «On leur donne confiance, tout commence par ça», résume l'entrepreneure.

Jennifer Lonergan estime qu'aider ces femmes est un peu comme un investissement, «parce que quand une femme commence à générer des revenus, elle fait des dépenses pour des choses importantes, comme l'éducation et la santé de sa famille», remarque-t-elle.

Mais plus concrètement, avec juste un peu d'aide, «elles commencent à s'épanouir et commencent à être perçues comme quelqu'un qui a de la valeur» dans ces pays où elles sont rarement considérées comme ayant de la valeur. «Elles nous disent [après qu'on les ait aidés à créer leur microentreprise] que leurs enfants ont enfin confiance en elles, et que quand elles parlent dans des réunions, les gens les écoutent enfin», fait valoir Mme Lonergan.

C'est lors d'un voyage en Inde il y a 15 ans qu'elle découvre à quel point la vie des femmes à l'étranger n'a rien de comparable à celle des femmes au Canada.

«Ce que j'ai vu a complètement changé ma vie, dit-elle. Je me suis sentie mal d'avoir plusieurs opportunités que ces femmes n'auront jamais.»

Ce sont des images bien précises qui l'ont bouleversé et qui lui ont fait comprendre la chance qu'elle avait. «J'ai vu des femmes dans une telle pauvreté et qui pouvaient difficilement s'en sortir. Des femmes qui lavaient leurs vêtements sur le bord de la route, qui n'avaient pas accès à une éducation et qui devaient se contenter des restants de nourriture de leur mari», se rappelle-t-elle.

C'est sans compter les autres femmes qu'elle rencontrera au courant de sa carrière, notamment en Afrique, où la majorité ne peut pas devenir propriétaire d'une maison, doit rester chez soi alors que leur mari est parti de longues semaines.

Historienne de formation, Jennifer Lonergan était à l'emploi du gouvernement du fédéral, aux Lieux historiques du Canda, lorsqu'elle prend conscience de la difficile situation des femmes dans les pays en développement. «J'ai choisi de consacrer ma vie à apporter un peu de justice à ces femmes marginalisées», confie la jeune femme.

Née dans une famille d'entrepreneurs, et s'étant elle-même lancée en affaires plusieurs fois, Jennifer s'est vite rendu compte que beaucoup de ces femmes étaient habiles dans l'art artisanal (bien souvent le textile), mais sans être capable de bien vendre leur produit. Elles restaient donc sans le sou.

«Elles n'étaient pas à l'aise à parler aux gens, elles manquaient de confiance, ne savaient pas comment cibler leur public ou comment innover dans leurs produits, explique la femme d'affaires. Elles faisaient, par exemple, le même produit année après année.»

C'est ainsi qu'est né Artistri Sud. L'organisme à but non lucratif offre des formations de cinq jours sur le marketing et la vente à ces femmes en situation de pauvreté à l'étranger pour les aider à devenir plus autonomes financièrement. Mme Lonergan ajoute que ces groupes de femmes sont souvent déjà organisés et s'octroient par exemple de petits prêts.

Aujourd'hui, c'est plus de 50 groupes d'artisanes dans une douzaine de pays en voie de développement en Amérique latine, en Asie et en Afrique auxquels l'organisme est venu en aide.

Un groupe de femme artisanes au Chili qui a reçu cette formation a par exemple pu augmenter ses ventes de 92%, donne-t-elle en exemple.

L'impact de ces courtes formations est puissant et immédiat, dit-elle. «Ces femmes commencent à donner des emplois à d'autres, leur revenu augmente, elles sortent de la pauvreté», se réjouit Mme Lonergan.

LIRE AUSSI:

» Sophie Grégoire Trudeau veut célébrer... les hommes

» Émilie Bordeleau, emblème féministe avant l’heure?

» Femmes fatiguées, reposez-vous sur nous - Pénélope McQuade

» Être sexy aujourd'hui - Emilia Clarke