POLITIQUE
07/03/2017 08:51 EST | Actualisé 07/03/2017 08:51 EST

Le marché québécois du carbone pèse lourd sur la stratégie d'Ottawa sur le climat

Gonzalo Fuentes / Reuters
A small-particle haze hangs above the skyline in Paris, France, December 9, 2016 as the City of Light experienced the worst air pollution in a decade. At L, the Notre Dame Cathedral. REUTERS/Gonzalo Fuentes

Ce n'est pas seulement Philippe Couillard qui a dû pousser un soupir de déception en voyant les résultats de la dernière vente aux enchères du marché du carbone québécois : Justin Trudeau avait tout autant raison d'être mécontent.

Une analyse de Fannie Olivier

La tarification du carbone est la pierre angulaire de la stratégie environnementale du gouvernement fédéral. Quand le Québec, censé être le bon élève dans la lutte aux gaz à effet de serre (GES) au pays, semble peiner dans ce dossier, Ottawa a nécessairement des sueurs froides.

Le gouvernement du Québec a publié la semaine dernière les résultats de la plus récente vente aux enchères des unités d’émission de GES : moins de 18 % de ces droits ont été achetés. Ce n’est pas la première fois que les entreprises boudent ainsi le marché conjoint Québec-Californie. À l’exception des enchères de novembre 2016, qui avaient connu un certain rebond, celles d’août et de mai avaient été tout aussi décevantes.

La situation est d’autant plus préoccupante que l’Ontario, qui a lancé en janvier son marché du carbone, doit se joindre à celui du Québec et de la Californie l’an prochain. Plus de la moitié de la population canadienne se trouvera ainsi sous un système dont on attend encore de voir s’il portera ses fruits.

Et il y a une difficulté supplémentaire : l’élection du président américain Donald Trump, un climatosceptique qui a clairement laissé savoir qu’il n’allait pas prendre de mesures précises dans la lutte au réchauffement climatique.

Pour Jean-Thomas Bernard, professeur invité au département des sciences économiques de l’Université d’Ottawa, cela pourrait constituer une épine de plus dans le pied du marché du carbone. « Et là, ça va être très difficile de convaincre les entreprises canadiennes que c’est tout à fait correct pour elles de supporter des coûts additionnels, alors que leurs concurrents américains […] ne sont pas soumis à la même réglementation sur les GES », a-t-il expliqué en entrevue.

Il note que certaines entreprises pourraient faire le pari que la bourse conjointe s’effondrera, notamment parce qu’en Californie, la Chambre de commerce conteste en cour le marché du carbone, qu’elle compare à une taxe illégale.

La présidente du Conseil patronal de l’environnement du Québec, Hélène Lauzon, croit toutefois qu’il n’y a pas lieu de s’alarmer parce que les entreprises ont jusqu’en 2018 pour acheter leurs crédits d’émission. Elle ne se dit pas nécessairement inquiète, mais estime qu’il y a néanmoins lieu de se poser des questions.

Ottawa se fait rassurant

La ministre de l’Environnement et du changement climatique Catherine McKenna ne semble pas, elle non plus, préoccupée outre mesure. « Le système de plafonnement et d'échange fonctionne comme il se doit, offrant aux participants la souplesse nécessaire pour décider quand et surtout comment investir dans des activités de réduction des émissions ou des achats d'indemnités et de compensations », a-t-elle indiqué dans une déclaration transmise par courriel.

Si le chef néo-démocrate Thomas Mulcair dit continuer de croire au marché du carbone, il pense toutefois que Justin Trudeau doit prendre une partie du blâme pour ses récents résultats. Selon lui, Ottawa reste les bras croisés devant les changements climatiques, ce qui ne crée pas un climat propice pour que les entreprises décident d’agir.

« Le résultat, c’est que l’incitatif nécessaire pour pouvoir faire fonctionner une bourse du carbone pour réduire les gaz à effet de serre n’est pas là, parce qu’il n’y a aucun travail sérieux qui est fait avec le gouvernement libéral pour réduire nos GES », s’est-il désolé.

Stratégie pancanadienne

En octobre, le premier ministre avait annoncé que toutes les provinces sans exception devaient imposer un prix sur le carbone. Il donnait le choix aux provinces : une taxe d’au moins 10 $ la tonne de CO2 dès 2018, augmentant graduellement à 50 $ la tonne, ou la participation à un marché du carbone, comme celui du Québec.

Il était toutefois resté évasif sur la façon dont l’équivalence entre les deux systèmes serait évaluée. Cela avait d’ailleurs hérissé la première ministre de la Colombie-Britannique Christie Clark, qui jugeait qu’un double standard menaçait l’unité nationale.

Pour apaiser ce genre de tensions, M. Trudeau doit se croiser les doigts pour que le marché du carbone reprenne du poil de la bête.

Afin que l’économie et l’environnement marchent « main dans la main », comme il se plaît à le répéter, il faut que le point d’équilibre entre le développement économique et les mesures de protection environnementale soit atteint. L’approbation de nouveaux pipelines sera d’autant plus délicate pour Ottawa si la tarification du carbone n’offre pas les réductions de GES substantielles escomptées.

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