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07/03/2017 03:10 EST | Actualisé 08/03/2018 00:12 EST

Les journalistes afghanes ont désormais un Centre de protection

Etre femme et journaliste, c'est courir un double risque en Afghanistan où l'ONG française Reporters sans Frontières (RSF) a lancé mardi un Centre de protection qui leur est spécifiquement dédié.

"Il s'agit d'apporter un vrai soutien aux femmes journalistes de ce pays, d'engager le dialogue avec leurs familles et avec les autorités", a expliqué à l'AFP la présidente du Centre pour la protection des journalistes afghanes (CPAWJ) Farida Nikzad, elle-même journaliste renommée.

Le pays compterait "300 à 400 journalistes femmes, principalement dans les villes - certaines provinces n'en comptent aucune. La priorité est justement de savoir combien elles sont pour pouvoir les protéger", relève-t-elle.

La sécurité constitue le premier défi. "C'est vrai pour tous les journalistes en Afghanistan mais plus encore pour les femmes, victimes de harcèlement sexuel dans les rédactions et dans la société", explique Mme Nikzad.

Dans un pays où le sort des femmes reste l'un des moins enviables au monde, "les journalistes sont à la fois la cible des talibans et de leur famille qui les acceptent mal dans certaines provinces".

L'organisation a recensé au moins quatre journalistes assassinées par des proches depuis 2002 et reproche aux autorités leur manque d'efforts envers les femmes.

Selon l'ONU, souligne Sophie Busson de RSF, "les violences contre les femmes, dont les journalistes, ont augmenté de 60% en six ans. Des dizaines d'entre elles ont été agressées, menacées ou réduites au silence dans les provinces reculées".

Parmi les 10 journalistes et collaborateurs des médias tués en 2016, trois étaient des femmes rappelle-t-elle. Depuis 2001, treize femmes journalistes et employées des médias, dont cinq étrangères, ont été tuées. Une dizaine au moins ont dû fuir leur pays.

Dans les cercles traditionnels, "le seul métier acceptable pour une femme c'est médecin ou professeur, pas un métier qui vous expose en public ou au contact des hommes" reprend Farida Nikzad.

RSF cite une étude selon laquelle 53% des familles en moyenne acceptent mal que leur fille travaille: 20% à Kaboul, mais jusque 80% dans des provinces conservatrices comme Kandahar (sud) ou Nangarhar (est).

Mais le centre compte aussi s'adresser aux patrons de presse pour combattre la discrimination au sein des rédactions.

A 25 ans, Shilaa Baheer, venue de Balkh (nord), explique à l'AFP avoir quitté la télévision où elle travaillait en raison "du manque de respect de (ses) collègues". Elle est désormais reporter radio indépendante.

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