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07/03/2017 06:10 EST | Actualisé 08/03/2018 00:12 EST

Etrangers retenus contre leur gré: des précédents en temps de guerre

Interdire aux ressortissants d'un Etat étranger de quitter le pays, comme le font réciproquement la Corée du Nord et la Malaisie, est une décision rare, prise lorsque deux nations sont en guerre ou proches de l'être, comme le montrent plusieurs exemples historiques.

- La France interne les Austro-Allemands -

Pendant la Première guerre mondiale, la France ouvre une soixantaine de camps d'internement dans le Sud et l'Ouest où plusieurs dizaines de milliers d'étrangers sont retenus tout ou partie du conflit. On craint alors que laissées libres, ces personnes ne fassent de l'espionnage, sabotent l'effort de guerre, ou rejoignent les rangs ennemis.

A la mobilisation, il est prévu d'évacuer seulement les ressortissants d'Allemagne et d'Autriche-Hongrie de la région du Nord-Est ainsi que de Paris et de Lyon. Le décret du 2 août 1914 leur donne 24 heures pour quitter la France. Très peu en profitent. Ils sont transportés courant août dans des wagons à bestiaux vers des centres de refuge improvisés.

Dès septembre, l'internement dans des "camps de concentration" devient la règle. Il s'appliquera aux Bulgares et aux Ottomans après l'entrée en guerre de leur pays d'origine.

Au printemps 1918, les accords de Berne autorisent la libération et le rapatriement de tous les internés civils.

- et le Canada, les Ukrainiens -

De 1914 à 1920, plus de 8.500 "étrangers ennemis", parmi lesquels des femmes et des enfants, sont internés au Canada dans une vingtaine de camps installés loin des villes, en application d'une loi sur les mesures de guerre. La majorité d'entre eux sont d'origine ukrainienne et considérés comme ennemis car l'Ukraine appartient à l'époque à l'empire austro-hongrois.

- Les Américains et les Japonais -

Craignant l'"ennemi intérieur" après avoir déclaré la guerre au Japon au lendemain de l'attaque de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, Washington met rapidement en place des mesures de protection de son territoire.

Racisme, méfiance, injures et parfois menaces violentes: les Américains d'origine japonaise et les Japonais sur le sol américain deviennent tout à coup suspects et ne sont plus libres de leurs mouvements.

Le 19 février 1942, le président Franklin D. Roosevelt signe un décret établissant des zones militaires d'exclusion où ils pourront être contrôlés.

Le gouvernement américain y installe dix camps d'internement, en Californie, Arizona et dans l'Utah, l'Idaho, le Wyoming, le Colorado et l'Arkansas. Plus de 112.500 Américano-Japonais sont chassés de chez eux, installés de force, ou "délocalisés" selon l'expression officielle, jusqu'en 1945.

En 1988, les Etats-Unis présentent leurs excuses. L'administration Reagan versera 20.000 dollars d'indemnités aux survivants.

- Saddam et les otages occidentaux -

Le 8 août 1990, le président irakien Saddam Hussein décrète l'annexion du Koweït et ferme dès le lendemain les frontières. Des milliers d'Occidentaux sont bloqués. Les ressortissants asiatiques et arabes sont autorisés à partir notamment via la Jordanie qui subit un afflux de réfugiés.

Bagdad annonce, le 18 août, qu'il "hébergera" les Occidentaux sur son territoire "tant que l'Irak sera menacé par une guerre d'agression". Le 23 août, Saddam Hussein crée la stupeur en apparaissant à la télévision entouré d'otages britanniques. Il annonce que les ressortissants des "pays hostiles" seront retenus et "hébergés" sur des sites stratégiques, les utilisant de fait comme boucliers humains.

Les otages vont être libérés au compte-gouttes et pendant plusieurs semaines au gré des négociations sur le retrait irakien du Koweït. Les derniers Français sont rapatriés le 29 octobre. Il faut attendre le 13 décembre pour que l'Irak autorise la libération des derniers Américains. Les derniers diplomates britanniques quittent le Koweït le 16.

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