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06/03/2017 03:00 EST | Actualisé 07/03/2018 00:12 EST

Les Turcs d'Allemagne, une manne électorale pour Erdogan

La communauté turque d'Allemagne, forte d'environ trois millions de personnes, constitue pour le président Recep Tayyip Erdogan un important réservoir électoral en vue du référendum du 16 avril sur le renforcement de ses pouvoirs.

Alors que les relations entre les deux pays étaient déjà difficiles, le ton est monté ces derniers jours entre Berlin et Ankara après l'annulation par des municipalités allemandes de meetings lors desquels des ministres turcs devaient faire campagne pour le oui.

- 1,4 million d'électeurs -

La manne électorale que représentent les Turcs d'Allemagne est un enjeu important pour le président islamo-conservateur : sur les trois millions de Turcs ou personnes d'origine turque, 1,4 million peuvent voter pour les scrutins en Turquie.

L'Allemagne représente à ce titre la quatrième circonscription électorale en nombre d'électeurs après Istanbul, Ankara et Izmir.

Cette terre électorale, les responsables turcs viennent régulièrement la labourer. M. Erdogan y jouit d'ailleurs d'un fort soutien.

Sa formation, l'AKP, y a fait des scores très flatteurs. Aux élections législatives de novembre 2015, le parti avait rassemblé 59,7% des voix en Allemagne, contre 49,5% en Turquie.

Et cet électorat à une influence croissante, d'autant que le référendum pourrait être serré, selon des analystes.

"Le vote des Turcs de l'étranger n'a été instauré que pour l'élection présidentielle de 2014. Seulement 10% des personnes concernées avaient alors voté. (Elles) étaient 50%, aux législatives de 2015", explique Jean Marcou, professeur à Sciences Po Grenoble.

"Contrairement à ses prédécesseurs laïques, l'AKP a toujours parlé à cette diaspora", ajoute-t-il.

- Craintes d'importation des conflits -

Depuis le putsch raté de juillet 2016, après lequel Ankara a déclenché une vague de purges, les tensions se sont multipliées en Allemagne entre pro et anti-Erdogan.

Même si les heurts entre les deux camps sont restés exceptionnels jusqu'ici, Berlin craint que ce conflit intérieur turc puisse être attisé par l'actuelle campagne électorale.

Par ailleurs, l'Allemagne compte aussi une communauté kurde forte d'un million de personnes, laissant là aussi craindre une importation sur le sol allemand du différend entre Turcs et Kurdes.

Si cette inquiétude n'est pas nouvelle, elle est revenue sur le devant de la scène après que la communauté kurde de Turquie soit devenue l'une des cibles des purges organisées après le coup d'Etat manqué.

- Travailleurs invités -

L'origine de la diaspora turque en Allemagne remonte aux années 60, lorsque l'ex-Allemagne de l'Ouest, alors en manque de main d'oeuvre pour nourrir son "miracle économique", a embauché par centaines de milliers des "Gastarbeiter", des "travailleurs invités" (Turcs, mais aussi Italiens, Espagnols, Grecs, Portugais...).

Ceux-ci devaient initialement rentrer au pays mais beaucoup ont fini par rester en Allemagne, avant d'être rejoints par leurs proches.

Au fil des années, plusieurs études ont pointé les failles des politiques d'intégration allemandes à l'égard des Turcs, une réalité admise par la chancelière Angela Merkel.

En dépit de quelques exemples de réussites individuelles brillantes -- le footballeur Mesut Özil, le cinéaste Fatih Akin --, les Turcs sont considérés comme le groupe d'étrangers le moins bien intégré en Allemagne.

dsa/alf/cr

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