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06/03/2017 06:13 EST | Actualisé 06/03/2017 06:13 EST

Les boîtes de dons de vêtements de la discorde

Radio-Canada

Des organismes de charité de Longueuil s'estiment lésés par le nouveau règlement sur les boîtes de dons de vêtements. Ils déplorent que des associations qui n'offrent aucun service dans cette ville puissent y recueillir des vêtements.

Un texte de Benoît Giasson de La Facture

Les boîtes de dons de vêtements prolifèrent un peu partout au Québec, et souvent de façon anarchique. Plusieurs municipalités ont décidé de s’attaquer au problème.

À Longueuil, un nouveau règlement est entré en vigueur l’été dernier. Il prévoit que tous les organismes de charité enregistrés à l’Agence de revenu du Canada peuvent installer des boîtes de dons sur le territoire de la Ville.

Raymonde Dallaire, présidente du Partage Saint-François-de-Sales, dénonce ce règlement, qui, à son avis, désavantage les petits organismes locaux. Elle souhaite que seuls les organismes de bienfaisance de Longueuil puissent recevoir des vêtements sur le territoire.

« C’est avec ça qu’on aide l’ensemble de la population défavorisée », ajoute Mme Dallaire, dont l'organisme offre de l’aide alimentaire, de l’aide au devoir et des vêtements aux personnes démunies de Longueuil.

Un autre organisme, La Croisée de Longueuil, milite également pour que le règlement soit plus restrictif. Sa directrice, Martha Ortiz, souhaite que la Ville n’autorise l’installation de boîtes de dons qu’aux « organismes de bienfaisance locaux ». Elle invite la population à s’informer avant de déposer des vêtements dans ces boîtes. « Vous voulez aider votre communauté? Sachez où il faut aller donner », précise-t-elle.

Longueuil se défend

Le porte-parole de la Municipalité, Louis-Pascal Cyr, explique que Longueuil a songé à exclure les organismes de l’extérieur, mais que les avocats de la Ville s’y sont opposés.

«On estimait qu’il y avait un risque que le règlement soit contesté et qu’il soit invalidé en fonction d’une discrimination basée sur le lieu.» - Louis-Pascal Cyr, porte-parole de la Ville de Longueuil

Pourtant, d’autres municipalités ont adopté des règlements qui favorisent les organismes locaux.

Le cas de Sherbrooke

À Sherbrooke, le maire, Bernard Sévigny, vient de faire adopter un règlement qui exclut les organismes qui n’ont pas pignon sur rue dans la ville. Il a voulu contrer l’arrivée massive de boîtes de dons sur le territoire.

«Il y a avait une fuite de cette matière [vêtements], qui est indispensable pour le maintien de nos propres organismes locaux.» - Bernard Sévigny, maire de Sherbrooke»

Le maire de Sherbrooke ne doute aucunement de la validité de son règlement.

Les organismes communautaires de Sherbrooke sont comblés. « Tous les revenus de la vente des vêtements sont préservés et restent à Sherbrooke pour nos projets », explique Claude Belleau, qui dirige Estrie Aide, un organisme d’insertion à l’emploi.

Benoît Fontaine, directeur d’un autre organisme, Récupex, ajoute que le règlement a permis d’éliminer certaines entreprises privées qui avaient fait leur apparition dernièrement à Sherbrooke. Seuls les organismes communautaires ont le droit de recueillir les vêtements, selon le nouveau règlement.

Récupex emploie une cinquantaine de personnes, la plupart en insertion à l’emploi. Certaines trient les vêtements, d’autres utilisent le cuir et la fourrure pour confectionner des gants, des pantoufles et des sacs de tout genre.

Une partie des vêtements recueillis sont vendus dans une boutique du centre-ville de Sherbrooke. Toutefois, plus de 90 % des vêtements sont vendus à des exportateurs, qui écoulent la marchandise principalement en Afrique.

Une exportation qui profite aux organismes locaux

Benoît Fontaine explique que les Québécois se débarrassent d’une très grande quantité de vêtements chaque année, beaucoup plus grande que ce qu’on peut vendre ou donner au Québec. La vente pour l’exportation sert à la communauté, selon lui.

«Cent pour cent des profits reviennent à Récupex. Avec ces profits, on réussit à mettre du monde sur le marché du travail, parce que c’est notre principale mission, faire de l’insertion.» - Benoît Fontaine, directeur de Récupex

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