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06/03/2017 06:32 EST | Actualisé 06/03/2017 06:32 EST

Des Mohawks pour construire le pont Champlain

Radio-Canada

Les « charpentiers du ciel » de Kahnawake sont de retour. Cette fois, les Mohawks mettent leur talent et leur audace au service du nouveau pont Champlain. Histoire de perpétuer une tradition, mais aussi de se rapprocher de leur famille.

La construction de la nouvelle structure, qui remplacera le vieux pont ouvert en 1962, a commencé en juin 2016. Le pont doit ouvrir à la circulation en décembre 2018.

Près d’un millier de travailleurs travailleront sur le chantier durant la période de pointe de l'été prochain. Il y en a présentement environ 470, dit Véronique Richard-Charrier, du consortium Signature sur le Saint-Laurent, maître d’œuvre du projet.

Joey Barnes est l’un des 10 Mohawks qui travaillent présentement sur la structure. Il dit poursuivre une tradition qui remonte à plusieurs générations en faisant le même travail que plusieurs membres de sa famille et de sa communauté ont fait avant lui.

« Je fais partie de la nouvelle génération » de monteurs de charpentes de fer, dit fièrement Joey Barnes, 23 ans.

Une réputation qui n’est plus à faire

Les Mohawks sont reconnus depuis plus d’un siècle pour leurs aptitudes à ériger des structures métalliques. Dès 1886, un contremaître français qui travaillait sur le pont de Kahnawake avec des Mohawks les avait décrits en ces termes : « Ils ont le pied sûr comme des chèvres de montagne! ».

Et ils ont continué à faire ce travail même après la tragédie qui a frappé la communauté en 1907, quand le pont de Québec, en construction, s’est effondré, tuant 76 monteurs d’acier, dont 33 Mohawks de Kahnawake.

Pour plusieurs générations de Mohawks, devenir monteurs de charpentes de fer était le seul moyen de faire un bon salaire.

Chester Gilbert, 59 ans, fait ce travail depuis 25 ans. Il raconte que, même si son père l’a encouragé à choisir une autre carrière, il a tout de même opté pour monter des charpentes.

« Mon père, mes deux grands-pères, mes oncles, mes voisins, les pères de mes amis, il me semble qu’il fallait devenir monteur de charpentes pour avoir un avenir », raconte Chester Gilbert.

Il a donc choisi ce métier en raison du salaire, du travail au grand air et de la liberté de choisir où aller travailler.

C’est que les monteurs de charpentes mohawks sont toujours recherchés, ailleurs au Canada, mais aussi aux États-Unis, où ils ont entre autres travaillé au World Trade Center.

C’est d’ailleurs en revenant de New York que Joey Barnes a été embauché pour la construction du nouveau pont Champlain. Il dit que le salaire est moins intéressant à Montréal qu’aux États-Unis, mais qu’il apprécie le fait de vivre à Kahnawake, à 20 minutes de son lieu de travail.

L’impact sur les familles

Les travailleurs sont donc souvent appelés à partir, parfois pendant de longues périodes, pour aller là où il y a de l’emploi. Et ces absences peuvent avoir un impact sur la vie familiale.

Chester Gilbert a déjà quitté sa communauté, notamment pour travailler à Fort McMurray, en Alberta. Il est revenu au Québec l’an dernier et a été embauché sur le chantier du nouveau pont.

Il dit apprécier grandement pouvoir rentrer à la maison tous les soirs, auprès de sa femme.

« L’une des choses que l’on peut voir sur la route ce sont des familles brisées, des mariages brisés » déplore-t-il. « C’est un rappel constant que ça peut nous arriver à tous si on ne prend pas bien soin de quelqu’un à la maison ».

Joey Barnes a aussi entendu ces histoires et compte bien être prudent à ce sujet. Il prévoit toutefois retourner aux États-Unis, quand la construction du pont Champlain sera terminée.

«En ce moment, je suis jeune. Je veux travailler le plus possible avant d’avoir des enfants.»

- Joey Barnes, monteur de charpentes mohawk

Il espère être alors assez à l'aise sur le plan financier pour ne plus devoir se rendre travailler à New York.

Chester Gilbert a observé ce changement d’attitude chez la nouvelle génération de monteurs de charpentes.

« Ils semblent beaucoup plus sages en ce qui a trait au long terme », dit-il. Il raconte que les travailleurs de sa génération ne pensaient pas « vivre jusqu’à 30 ans ».

La fierté d’être Mohawk

« Plusieurs de mes proches ont fait ou font ce travail », explique Joey Barnes, qui est conscient des sacrifices que ces travailleurs et leurs familles ont faits. Il veut s’assurer que les travailleurs plus âgés soient fiers de lui.

«Maintenant que je suis monteur de charpentes, je veux être à la hauteur de la réputation.»

- Joey Barnes, monteur de charpentes mohawk

« Dans 10 ans, je vais pouvoir dire à mes enfants que j’ai aidé à construire [ce pont] », ajoute-t-il.

Joey Barnes et Chester Gilbert sont tous les deux très fiers de contribuer, en tant que représentants de la communauté mohawk, à la construction d’un pont qui devrait tenir pendant 125 ans.

Tout comme son père avant lui, qui a travaillé à la construction de la Place Ville-Marie, Chester Gilbert pourra montrer aux générations futures qu’il a participé à la construction du pont Champlain.

Il espère aussi travailler un jour avec son fils, présentement en formation pour, à son tour, suivre la tradition familiale et devenir monteur de charpentes.

« J’ai hâte de travailler avec mon fils, peut-être avant que je prenne ma retraite », ajoute-t-il fièrement.

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