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05/03/2017 01:45 EST | Actualisé 06/03/2018 00:12 EST

L'Autriche veut interdire toute campagne de la Turquie dans l'UE

L'UE devrait interdire aux responsables turcs de faire campagne pour le référendum renforçant les pouvoirs du président Recep Tayyip Erdogan dans ses pays membres, a estimé dimanche le chancelier autrichien Christian Kern.

"Une réponse collective de l'UE pour empêcher de tels événements de campagne serait sensée", a déclaré M. Kern au journal allemand Welt am Sonntag, estimant que cela permettrait à "des pays comme l'Allemagne où ces manifestations sont interdites" d'échapper "à la pression de la Turquie".

Fin février, Ankara s'était élevé contre les commentaires "irresponsables" de l'Autriche, qui a déclaré que le président turc n'était pas le bienvenu dans le cadre de sa campagne pour un référendum renforçant ses pouvoirs.

Les relations entre Ankara et Berlin se sont nettement tendues après l'annulation jeudi et vendredi en Allemagne de trois meetings de soutien au référendum du 16 avril sur l'extension des pouvoirs du président Erdogan.

La Turquie avait réagi très violemment, accusant l'Allemagne -- qui compte la plus forte communauté de la diaspora turque dans le monde, trois millions de personnes -- d'oeuvrer pour une victoire du non à ce référendum.

La chancelière Angela Merkel avait expliqué que la décision d'autoriser ou non ces meetings ne relevait pas de l'Etat fédéral, mais des compétences des communes. Mme Merkel a appelé samedi le Premier ministre turc Binali Yildirim pour essayer d'apaiser la tension.

En dépit d'une interdiction des autorités locales, le ministre turc de l'Economie, Nihat Zeybekci, doit prendre part dimanche à deux rassemblements organisés par des groupes turcs à Cologne et Leverkusen.

Dans un article publié par Bild am Sonntag, le ministre allemand des Affaires étrangères Sigmar Gabriel a affirmé que l'Allemagne "ne va certainement pas mettre un terme à ses critiques" à l'égard de la Turquie.

M. Gabriel a souligné que son pays défendrait la liberté d'opinion, l'Etat de droit, les droits de l'Homme et la démocratie.

Il a également estimé que la récente arrestation du correspondant en Turquie du journal allemand Die Welt, Deniz Yucel, était "erronée et disproportionnée".

Mais le ministre, qui doit rencontrer dans les prochains jours son homologue turc, a souligné que "l'amitié germano-turque est plus profonde que les tensions diplomatiques que nous traversons".

Le chancelier autrichien a par ailleurs estimé que les négociations sur l'entrée de la Turquie dans l'UE devraient être abandonnées, en réponse aux "violations des droits de l'Homme et des droits démocratiques élémentaires" par le président turc.

"Nous ne pouvons pas continuer à négocier au sujet de l'adhésion (à l'UE) avec un pays qui s'est distancié pendant des années des normes démocratiques et des principes de l'Etat de droit", a-t-il dit. L'Autriche s'était déjà dite favorable à un gel des négociations d'adhésion d'Ankara.

Il a affirmé que "l'introduction d'un système présidentiel va affaiblir l'Etat de droit en Turquie, réduire la séparation des pouvoirs et aller à l'encontre des valeurs de l'UE".

tgb/at/pt