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05/03/2017 07:34 EST | Actualisé 06/03/2018 00:12 EST

France : Fillon redit son innocence, harangue ses partisans et ne plie pas

Le candidat de la droite à la présidentielle française, François Fillon, a admis dimanche sa "part de responsabilité" dans la paralysie de sa campagne par des soupçons d'emplois fictifs, sans plier aux appels de ceux qui le poussent à se retirer, devant plusieurs dizaines de milliers de partisans rassemblés à Paris.

"Ils pensent que je suis seul, ils veulent que je sois seul, merci pour votre présence, vous qui avez su braver les intempéries, les injonctions, les caricatures et parfois même les invectives", a lancé le candidat qui a été rejoint par son épouse Penelope au terme de son discours combatif.

"Je sais bien, croyez-le, quelle est ma part de responsabilité dans cette épreuve. Au-delà des trahisons, du calendrier judiciaire, de la campagne de dénigrement, c'est bien par ma faute que ce projet que je porte, auquel je crois, auquel vous croyez, rencontre de si formidables obstacles", a-t-il dit.

Ce "grand rassemblement populaire" organisé près de la Tour Eiffel, apparaît comme l'une de ses dernières cartouches pour riposter à ceux qui demandent son retrait à cause du scandale provoqué par les salaires perçus par sa femme Penelope et deux de ses enfants pour des emplois présumés fictifs d'assistants parlementaires.

Le champion de la droite "joue la rue pour sauver sa candidature", estime à cet égard le journal Le Monde. Pour la première fois depuis le début du scandale, fin janvier, le candidat conservateur n'a cependant pas répété qu'il irait jusqu'au bout de sa candidature.

François Fillon doit aussi s'exprimer dimanche soir au cours du journal de 19H00 GMT de la chaîne de télévision France 2, tandis que les membres du comité politique du parti "Les républicains" doivent se réunir lundi pour évaluer la situation et discuter de son éventuel remplacement. "Ce choix leur appartient et ne leur appartient pas", a-t-il dit.

Reconnaissant avoir commis des erreurs, François Fillon, qui a fêté samedi son 63e anniversaire, a réaffirmé qu'il était un homme "honnête qui a "passé sa vie au service de l'intérêt général", tout en modérant ses attaques contre la justice.

"Je vous dois des excuses, dont celle de devoir défendre mon honneur et celui de mon épouse alors que l'essentiel est pour vous comme pour moi de devoir défendre notre pays", a martelé celui qui affronte de multiples défections dans son propre camp à 49 jours du premier tour du scrutin.

"Fillon, tiens bon, la France a besoin de toi !", scandaient ses partisans dans une marée de drapeaux bleu-blanc-rouge.

Son épouse Penelope l'a rejoint sur la tribune à la fin de son discours. Cette femme discrète est sortie de son silence dans une longue interview dimanche. Elle a assuré avoir effectué des "tâches très variées" en tant que collaboratrice parlementaire et avoir conseillé à son mari de "continuer jusqu'au bout".

Inquiets de sondages donnant désormais leur ex-champion éliminé dès le premier tour, le 23 avril, devancé par la dirigeante d'extrême droite Marine Le Pen et Emmanuel Macron, ancien ministre du président socialiste François Hollande repositionné au centre, quelque 260 élus lui ont retiré leur soutien.

- 'Foutre la merde' -

Ces derniers jours, plusieurs personnalités de son camp ont appelé François Fillon à laisser sa place à Alain Juppé, le maire de Bordeaux (sud-ouest) et ancien Premier ministre, qu'il avait battu au second tour de la primaire en novembre dernier.

Alain Juppé, 71 ans, a fait savoir qu'il ne se "défilerait pas" mais à condition que "François Fillon se retire de lui-même". Il a parlé avec l'ancien président Nicolas Sarkozy samedi soir pour étudier "les sorties de crise".

La tension est montée d'un cran samedi, lorsque leur parti a annoncé que la réunion du comité politique était avancée à lundi.

"Ils veulent le +débrancher+, c'est la guerre", a confié à l'AFP un ancien ministre resté fidèle à M. Fillon. "Le compte à rebours a commencé", titrait dimanche le quotidien Le Parisien.

Pour Alexandre Alajouanine, 39 ans, venu participer au rassemblement, François Fillon est "le seul candidat légitime". En cas de renonciation de M. Fillon, "je m'abstiens ou je vote Le Pen, juste pour foutre la merde", menace-t-il.

71% des Français ne souhaitent pas que François Fillon maintienne sa candidature à la présidentielle, selon un sondage Ifop publié dimanche.

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