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05/03/2017 05:19 EST | Actualisé 06/03/2018 00:12 EST

Bahreïn: pas décisif vers le jugement de civils par des tribunaux militaires

Bahreïn a franchi dimanche un pas décisif vers le recours à des tribunaux militaires pour juger des civils accusés de "terrorisme" dans ce petit royaume du Golfe secoué par des troubles sporadiques depuis la répression en 2011 d'un mouvement de contestation chiite.

Un amendement constitutionnel élargissant les compétences de la justice militaire, déjà approuvé le 21 février par la Chambre des députés, a reçu le feu vert du Majlis al-Choura réuni dimanche dans la capitale Manama, selon des membres de ce conseil consultatif.

Le Majlis, formé de 40 membres tous désignés par le roi, a indiqué sur son compte Twitter avoir voté à l'unanimité le texte, aussitôt qualifié de "nouvelle loi martiale" par des groupes d'opposition à l'étranger.

Après son adoption par les deux chambres du Parlement, l'amendement aura force de loi dès qu'il sera signé par le roi Hamad ben Issa Al-Khalifa.

Jusqu'ici, les tribunaux militaires ne pouvaient juger que des membres de l'armée, de la police et d'autres unités des services de sécurité. Ils pourront désormais statuer dans des affaires impliquant des civils inculpés de "terrorisme" ou "ayant porté atteinte à l'intérêt public".

Le petit royaume de Bahreïn, relié par un pont à son puissant voisin l'Arabie saoudite, est un allié stratégique des Etats-Unis. Il est le siège de la Ve Flotte américaine et les Britanniques sont en train d'y agrandir une base navale.

Dans la foulée du Printemps arabe, un mouvement de contestation animé par la majorité chiite a été violemment réprimé en 2011 par les autorités qui avaient reçu l'aide notamment des Saoudiens.

De nombreux opposants sont emprisonnés à Bahreïn, pays dirigé par une dynastie sunnite qui accuse l'Iran de s'ingérer dans les affaires intérieures du royaume.

Réagissant à la décision du Majlis al-Choura, l'ONG Bahrain Centre for Human Rights, qui a des bureaux au Danemark, a estimé que c'était "un grand pas en arrière" après une série de réformes adoptées suite aux évènements de 2011.

"Nous sommes très inquiets devant la possibilité pour ces tribunaux (militaires) de prononcer des jugements plus rapides et plus sévères", a dit à l'AFP Youssef Al-Muhafdha, vice-président de cette ONG.

Un expert juridique cité par le Bahrain Institute for Rights and Democracy (BIRD) basé en Grande-Bretagne a qualifié la mesure de "nouvelle loi martiale".

Sayed Ahmed Alwadaei, directeur de cette ONG, a estimé qu'une approbation par le roi signifierait qu'il "approuve personnellement cette nouvelle mesure répressive avec toutes ses conséquences".

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