POLITIQUE
05/03/2017 11:22 EST | Actualisé 05/03/2017 11:22 EST

Des milliers de patients orphelins, malgré l'atteinte de la cible

Quand la cible de 85 % de la population inscrite auprès d'un médecin de famille sera atteinte, des milliers de patients pourraient être encore en attente, selon de nouveaux chiffres obtenus par Radio-Canada.

Un texte de Mathieu Dion, correspondant parlementaire à Québec

Cette cible découle de la loi 20 visant à exercer de la pression sur les médecins de famille pour qu’ils prennent en charge davantage de patients d’ici la fin 2017. Lors de son annonce en 2015, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) ont estimé que 15 % de la population ne cherchait pas à avoir un médecin de famille.

«Le 85 % vient de l’expérience d’autres pays.» - Gaétan Barrette, ministre de la Santé du Québec

Le chiffre de 85 % semblait donc le plus approprié comme objectif. Or, si la moyenne québécoise de la population inscrite auprès d’un médecin de famille n’atteignait que 73 % à la fin janvier, des régions ont déjà atteint ou dépassé les 85 %.

C’est le cas de Chaudière-Appalaches, du Saguenay-Lac-Saint-Jean, du Bas-Saint-Laurent et du Nord-du-Québec. Malgré tout, des milliers de patients de ces régions performantes sont encore en attente au guichet d’accès à un médecin de famille (GAMF).

« C’est une faille »

Selon la Coalition avenir Québec (CAQ), ces chiffres mettent en lumière une « faille » qui doit être corrigée. Le porte-parole en matière de santé, François Paradis, invite le ministre de la Santé à rajuster le tir.

«On pourrait au mois de décembre 2017 dire : "Le pari est tenu, les médecins ont répondu à l’appel, 85 % de la population québécoise a eu un médecin de famille par le guichet. On a atteint l’objectif, mais on se rend compte que 80 000 n’en ont pas encore." C’est inquiétant!» - François Paradis, porte-parole de la Coalition avenir Québec en matière de santé

Plutôt que de s’en remettre à la cible de 85 %, M. Paradis propose que « 100 % de la population qui souhaite un médecin en ait un ».

Il s’interroge sur ce qui arrivera aux milliers de gens inscrits au guichet d’accès à un médecin de famille une fois la cible atteinte, puisqu’il n’y aura plus la menace de pénalités aux omnipraticiens pour forcer ceux-ci à les prendre en charge.

La loi 20

Si les omnipraticiens du Québec ne parviennent pas à inscrire 85 % de la population québécoise au 31 décembre, la loi 20 s’appliquera. Elle prévoit des sanctions financières individuelles aux médecins qui refuseront d’élargir leur bassin de patients et d’accroître leur disponibilité pour les recevoir.

Québec mise sur le changement de culture

En entrevue à Radio-Canada, Gaétan Barrette a affirmé qu’au-delà des 85 %, ce n’est plus une question d’incitatifs. « L’essence de la loi 20 est de changer la culture de la pratique médicale », a dit espérer le ministre avant d’admettre qu’il s’en remettait à la bonne foi des médecins.

S'il fonctionne, ce changement de culture fera en sorte que les omnipraticiens continueront d’accepter de nouveaux patients et de vider les listes d’attente au guichet d’accès.

«On va continuer à les inscrire.» - Le Dr Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec

Le président de la FMOQ, le Dr Louis Godin, ajoute qu’il y aura toujours des patients en attente au guichet. Quant à savoir si la cible de 85 % est insuffisante, M. Godin comme M. Barrette soulignent qu’il s’agit là d’un objectif à court terme.

« Effectivement, c’est un peu arbitraire, reconnaît le Dr Louis Godin au sujet de la cible. Ça aurait pu être 80 %, 82 % ou 88 %, on a conclu à 85 % parce que cela apparaissait l’effort que les médecins de famille étaient capables de remplir. C’était déjà très exigeant. »