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04/03/2017 12:14 EST

Les policiers banalisent la cyberintimidation, disent Michelle Blanc et Francine Pelletier

Radio-Canada

La cyberintimidation n'est pas assez prise au sérieux par les corps policiers, affirment la journaliste Francine Pelletier et la consultante en stratégie web Michelle Blanc, elles-mêmes victimes de cyberintimidation.

Elles soutiennent qu'il est urgent que ceux-ci soient formés à ce propos et obtiennent plus de ressources pour lutter contre le problème.

La fréquence et la portée de la cyberintimidation que subissent les femmes ont été au cœur de l'actualité cette semaine, après l'envoi massif de messages haineux et pornographiques à des étudiants visant une étudiante de l'Université de Moncton, et la décision d'une chroniqueuse du journal Métro de quitter son emploi en raison de la violence des commentaires qu'elle reçoit sur les réseaux sociaux.

Selon Michelle Blanc, qui était en entrevue samedi matin sur ICI RDI, les escouades policières techniques qui traitent les dossiers de cyberintimidation « sont extrêmement efficaces », mais c’est « au niveau de la prise de la plainte » que le bât blesse.

« Les polices de quartier ne sont pas formées, n’ont pas la compréhension pour traiter ce genre de problèmes. Plus souvent qu’autrement, ils vont revirer de bord quelqu’un qui vient porter une plainte », dit-elle.

«Parce qu’une fois que ton dossier est pris et qu’il chemine, de toute évidence il y a l’expertise pour régler le problème. Mais encore faut-il que ton dossier soit pris au sérieux.» - Michelle Blanc

Mme Blanc est elle-même allée devant la justice en tant que victime de cyberintimidation, dans un seul dossier toutefois. Elle a appris cette semaine que son agresseur avait écopé de six mois de prison ferme et de trois ans de probation.

Des moeurs à changer

Quant à Francine Pelletier, elle aussi en entrevue sur ICI RDI, elle insiste sur le fait que les mœurs des policiers doivent changer pour s’adapter à la nouvelle réalité des réseaux sociaux. La journaliste fait le parallèle avec la violence conjugale.

« Ça a pris des années avant que les policiers prennent au sérieux la violence conjugale. Maintenant c’est fait, mais ils doivent maintenant s’attaquer à autre chose », lance-t-elle.

«Je pense que le fait que 73 % des femmes soient attaquées d’une façon ou d’une autre sur Internet doit devenir une nouvelle catégorie de crime.» - Francine Pelletier

De son côté, Michelle Blanc affirme que, bien que le harcèlement en ligne cause « une souffrance extrêmement pénible », il est souvent considéré comme « moins grave que si c’était dans la vie de tous les jours ».

« Quand vous êtes agressée dans la rue, vous êtes en principe en paix chez vous. Quand c’est en ligne, vous n’avez plus de place où vous cacher. Et plusieurs années après l’agression, les contenus sont encore en ligne et continuent de se propager. […] Comme on l’a vu dans le cas de Moncton, il y a aussi un effet multiplicateur. L’agression se répète », détaille-t-elle.

Mme Blanc déplore que les policiers considèrent la cyberintimidation comme quelque chose de banal.

« Selon une étude que j’avais faite sur la cybercriminalité, la moitié des corps de police ne font pas de statistiques sur ce genre de crime, et l’autre moitié ne s’entend pas sur la nomenclature à utiliser pour nommer ces crimes-là. Dans les deux cas, ils disent que ça augmenterait indûment leur tâche », indique-t-elle.

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