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02/03/2017 06:01 EST | Actualisé 02/03/2017 09:04 EST

La liberté d'expression des femmes est brimée par les trolls, dénonce Lili Boisvert

Radio-Canada

Au cours des derniers jours, plusieurs chroniqueuses sont intervenues dans les médias pour dénoncer leur épuisement face au harcèlement et aux commentaires haineux qu'elles subissent sur le web. Parmi elles, la journaliste et animatrice Lili Boisvert, qui dénonce cette entrave à la liberté d'expression des femmes.

Du harcèlement sur Internet, Lili Boisvert en a subi.

« Il y a eu de l’épuisement à certains moments. En ce moment, moi, ça va bien », a indiqué l'animatrice de l'émission Sexplora, en entrevue à l'émission 24/60.

« Dans mon cas, c’était beaucoup à connotation sexuelle », a-t-elle relaté, en donnant l'exemple d'un homme qui lui a décrit ce qu'elle devait faire pour l'exciter sexuellement. « C'est un cas de mansplaining », a-t-elle souligné. Ce néologisme désigne la façon dont certains hommes s'adressent aux femmes de façon condescendantes sur des sujets qui concernent les femmes ou qu'ils ne connaissent pas bien.

La journaliste a dit être peinée d'entendre que ses collègues souhaitent tout abandonner à cause du harcèlement et des propos haineux qu'elles reçoivent. Elle s'est indignée que cette situation n'arrive qu'aux femmes.

Récemment, les chroniqueuses Judith Lussier, Manal Drissi et Geneviève Pettersen et Marilyse Hamelin ont dénoncé les agissements des trolls. Certaines ont cessé ou réduit leurs publications en ligne.

« Déjà les femmes sont minoritaires dans l’espace public par rapport aux hommes, alors qu’elles correspondent à 50 % de la population », a poursuivi Lili Boisvert.

«Les commentaires sexistes sont complètement disproportionnés. Les hommes ne reçoivent pas le même genre de commentaires. Oui, bien sûr, les hommes vont vivre de l’abus en ligne. Mais c’est une question de proportion.» - Lili Boisvert, animatrice à l'émission Sexplora

Citant un rapport de l'ONU paru en septembre 2015, elle a affirmé que ce harcèlement virtuel brime la liberté d'expression des femmes.

Le rapport, nommé Lutter contre la violence en ligne à l'égard des femmes et des jeunes filles : Appel à une prise de conscience à l'échelle mondiale, soutient que 73 % des femmes ont été victimes de violence en ligne et que celles âgées entre 18 et 24 ans sont les plus touchées par le harcèlement sexuel et criminel sur Internet.

Le document précise que ces comportements violents sur le web peuvent prendre plusieurs formes, allant du harcèlement et de l'humiliation publique à la « volonté de porter atteinte à l'intégrité physique » de la personne.

Lili Boisvert a ajouté que les femmes qui font partie d'une minorité ethnique, comme Manal Drissi, se font attaquer sur deux fronts. « Elle [Manal Drissi] se fait attaquer à la fois par les personnes racistes et à la fois par les personnes sexistes et masculinistes parce qu'elle est féministe », a-t-elle déploré.

Comment s'en sortir?

Pour Lili Boisvert, en parler a été la solution. « Au début je ne voulais pas en parler. Puis, quand on m’a convaincu de le faire, le harcèlement a arrêté », a-t-elle raconté.

«Je crois que la solution, c’est d’en parler, c’est de montrer que ce n’est pas acceptable et qu’on va arrêter de le tolérer.» - Lili Boisvert, chroniqueuse

« Pendant longtemps, on s’est faire dire qu’il faut le tolérer, que ça fait partie de la job. Mais ce n’est pas vrai parce que ça ne fait pas partie de la job pour les hommes », a-t-elle ajouté.

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