Journée de la femme: ces créatrices québécoises inspirantes se confient

Pour cette journée internationale de la femme 2017, nous avons interviewé ces créatrices de mode québécoises qui nous inspirent. Ici, il n'est pas question de débattre de féminisme, mais de mieux comprendre la réalité de ces femmes qui dédient leur vie à la création en dirigeant leur griffe avec convictions et détermination.

Ces femmes, ces mères de famille aussi, des créatrices au talent sans borne ont répondu à trois questions.

1 - Est-ce plus compliqué d'être une femme dans votre métier?

Marie Saint Pierre, créatrice de sa griffe éponyme.

«Tout à fait. Bien que la mode, en tant que sujet d’intérêt, soit davantage associée aux femmes, la mode comme industrie demeure une chasse gardée d’hommes. Les postes importants de gestion ou de design sont essentiellement masculins. C’était le cas lorsque j’ai commencé il y a près de 30 ans et ça l’est encore aujourd’hui malheureusement.»

«Toute ma vie, j’ai eu l’impression que d’être une femme m’obligeait à faire un effort supplémentaire pour être prise au sérieux dans cet univers. J’espère que mon parcours, et celui d’autres femmes qui réussissent dans notre secteur amèneront un changement de perception pour les prochaines générations.» - Marie Saint Pierre.

«Par ailleurs, j’ai l’impression qu’en tant que femme qui œuvre en mode féminine, on s’expose plus personnellement à la critique. Les gens ont l’impression qu’on ne fait qu’un avec nos vêtements. Ils pensent que l’on crée avant tout pour nous-mêmes. De leur côté, les hommes qui dessinent des vêtements pour femme parviennent plus facilement à se détacher de leurs produits dans l’esprit des gens. Ils ont cet avantage.»

Sofia Sokoloff, créatrice de sa griffe de Sokoloff lingerie

«C'est drôle parce que l'industrie de la lingerie à longtemps était dirigée par des hommes. Que je regarde les grandes marques canadiennes ou encore les manufactures... J'arrive dans un monde d'homme, mais je crois avoir trouvé ma place. Je crois que mes clientes se rendent compte que la marque est désignée par une femme, et que l'image qu'elle dégage n'est pas le stéréotype de la femme fatale qu'un homme pourrait avoir tendance à projeter. Je suis proche de mes clientes, j'aime les conseiller, et je crois que oui c'est un avantage pour moi d'être une femme dans cette industrie.»

Mariouche Gagné, créatrice de la griffe Harricana

«Je ne crois pas qu'être une créatrice de mode est plus difficile que pour un homme -sauf pour la portion d'équilibre entre la famille et le travail. »

«Je ne pense pas que se soit plus compliqué, dans mon cas beaucoup de mes clientes apprécient que je sois une femme designer, car je comprends mieux le corps féminin et également le besoin réel de mes clientes. Je pense que les designers femmes ont plus de facilités a créer des vêtements adaptés aux différentes corpulences féminines.»

Sabrina Barilà, créatrice de la Montréalaise Atelier

«C’est dur à dire…. En partant, c’est tout un défi de se partir une entreprise.Étant donné que je n’avais que 26 ans quand je me suis lancé en affaire et sans expérience, mon cheminement a été plus difficile. Enfin pour moi j’ai trouvé cela éprouvant. J’ai eu de la difficulté à me faire prendre au sérieux pendant assez longtemps que ce soit par la banque,des fournisseurs ou autres professionnels du milieu. Est-ce que c’était parce que j’étais une femme ou que j’étais jeune ou les deux?….. Possiblement.»

Valérie Dumaine, créatrice de sa griffe éponyme

«Je ne pense pas qu'être une femme dans le métier que je fais est plus compliqué que pour un homme. Ce métier est compliqué pour tous, je crois.»

Journée de la femme: les créatrices québécoises se confient

2 - Comment qualifieriez-vous la femme québécoise en 2016?

Marie Saint Pierre, créatrice de sa griffe éponyme.

«Il y a autant de réalités qu’il y a de femmes, et il y a bien des endroits dans le monde où elles n’ont pas la liberté d’être ce qu’elles voudraient être. Mais si je regarde près de moi, les femmes qui m’entourent partagent toutes la même volonté d’atteindre un certain équilibre.

Autrefois, les femmes qui visaient le succès professionnel devaient être des rebelles. C’était tout ou rien. On ne pouvait pas être forte et sensible à la fois. Aujourd’hui, l’un alimente l’autre. En 2016, il est beaucoup plus puissant pour une femme de savoir qui elle est et de l’assumer, que de se construire une façade intimidante. L’équilibre dont je parle ne se limite donc pas au travail et à la famille.

C’est un équilibre dans les valeurs, dans les champs d’intérêt, dans le rapport avec le temps. Bref, je pense que les femmes qui m’entourent sont en quête de bien-être et de bonheur, pour elle et pour les autres. Elles ont une définition beaucoup plus personnelle du succès et de la réussite. Mais il s’agit d’un phénomène relativement nouveau, et je pense que c’est grâce aux femmes qui se sont battues dans le passé que l’on peut aujourd’hui aspirer à cet équilibre.»

Mariouche Gagné, créatrice de la griffe Harricana

«Je suis entourée par mon cercle d'amies, de clientes, de femmes, toutes absolument impressionnantes, internationales, polyvalentes, accomplies ,inspirantes et constamment à la rechercher d'équilibre pour réinventer la façon dont on vit nos vies a 200 milles a l'heure en s'assumant.»

Élisa C.Rossow, créatrice.

«La femme 2016 est clairement assumée. Je pense que la femme n'a plus rien à prouver. Nous sommes déjà respectées et admirées pour les grandes choses que nous accomplissons. La femme 2016 est forte, mais doit également rester féminine avec toute l'élégance et la délicatesse qu'il se doit.»

Sofia Sokoloff, créatrice de sa griffe de lingerie éponyme

«Forte, indépendante, de caractère. Elle a pris largement sa place au Québec. On a maintenant plusieurs exemples de femmes inspirantes, et de pouvoir.»

Valérie Dumaine, créatrice de sa griffe éponyme

«Je dirais que la femme de 2016 est ouverte, passionnée et forte! Elle se sent interpellée et concernée, elle est sensible aux sujets chauds et ne reste pas silencieuse. C'est une femme qui passe à l'action et qui est de plus en plus présente.»

3 - Un rêve pour les femmes, si vous en avez un?

Marie Saint Pierre, créatrice de sa griffe éponyme.

«Je souhaite aux femmes qu’on redéfinisse collectivement ce qu’est le succès. Encore aujourd’hui, notre vision de la réussite est basée sur des critères stéréotypés très masculins comme l’argent et le pouvoir. On gagnerait tous, même les hommes, à valoriser des accomplissements basés sur des valeurs plus féminines comme l’écologie, la solidarité, l’esprit de communauté ou l’atteinte d’un certain l’équilibre. En d’autres mots, j’aimerais que notre conception du succès se féminise.»

Sofia Sokoloff, créatrice de sa griffe de lingerie éponyme

«Je pense plutôt aux autres pays où elles n'ont pas la chance de s'épanouir et de prendre contrôle de leur vie. Je nous trouve choyée d'avoir autant d'opportunités ici, et mon rêve serait que ces opportunités dépassent les frontières. Que chaque femme à travers le monde prenne la place qui leur est due.»

Sabrina Barilà, créatrice de la Montréalaise Atelier

«Que le mouvement féministe soit chose du passé.»

Valérie Dumaine, créatrice de sa griffe éponyme

«Qu'on en finisse avec les 'machos'!»

Le printemps-été 2016 de nos créateurs québécois