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25/02/2017 10:46 EST | Actualisé 26/02/2018 00:12 EST

Les attentats en Syrie fragilisent un peu plus le processus de Genève

Le représentant de Damas aux négociations sur la Syrie à Genève a exigé samedi de l'opposition qu'elle condamne l'attentat meurtrier contre les services de renseignement syriens à Homs, et jugé que la priorité à Genève était de parler de "terrorisme", laissant mal augurer de l'avenir des discussions.

"Aujourd'hui, nous attendons de l'opposition qu'elle condamne le terrorisme", a martelé le chef de la délégation du régime, Bachar al-Jaafari, lors d'une conférence de presse au palais des Nations, ajoutant que Damas considérerait comme "complice" toute partie refusant de condamner l'attentat.

Il s'exprimait après avoir rencontré l'émissaire de l'ONU Staffan de Mistura, à qui il a également réclamé de "faire une déclaration pour condamner les attaques de Homs".

Samedi matin, les services de renseignement syriens à Homs (centre) ont été la cible de plusieurs kamikazes du groupe Fateh al-Cham, l'ex branche syrienne d'Al-Qaïda. Cette attaque contre un pilier du régime, sans précédent depuis 2012, a fait entre 30 et 42 morts selon les sources, parmi lesquels le chef du renseignement militaire de Homs, Hassan Daaboul, un proche du président Bachar al-Assad.

"Ce qui s'est passé aujourd'hui a jeté une ombre sur les pourparlers de Genève", a poursuivi M. Jaafari, même s'il a nié vouloir lier la poursuite des pourparlers de Genève à la condamnation des attentats par l'opposition.

"La priorité numéro un à Genève est de discuter du terrorisme", a-t-il répété dans une conférence de presse particulièrement longue pour un responsable généralement avare de paroles.

Une déclaration de l'opposition était prévue dans la foulée à Genève.

- Menace sur les négociations -

L'attentat de Homs vient fragiliser des discussions de paix déjà singulièrement mal engagées.

M. de Mistura, qui tente depuis jeudi de convaincre régime et opposition de s'engager dans des discussions directes pour discuter d'un règlement du conflit, a estimé samedi que l'attentat de Homs visait à faire "dérailler" les négociations de paix. "A chaque fois que nous avons des pourparlers, il y a toujours quelqu'un qui essaye de faire dérailler le processus. Nous nous y attendions", a-t-il déclaré à la presse.

Les négociations de Genève font suite à trois précédentes sessions qui s'étaient déroulées au premier semestre 2016. A chaque fois, elles avaient achoppé en raison de la reprise de la violence sur le terrain, et du fossé immense entre les belligérants. Comme samedi, Damas répétait que sa priorité était de lutter contre le terrorisme, quand l'opposition réclamait des négociations sur une transition politique.

- Attentats et bombardements -

Les attaques de Homs se sont produites au lendemain d'un autre jour sanglant en Syrie, où des attentats revendiqués par le groupe jihadiste Etat islamique (EI) ont fait 77 morts, en majorité des civils, près d'Al-Bab dans le nord du pays.

L'EI a été chassé jeudi d'Al-Bab, dernière grande ville sous son contrôle dans la province septentrionale d'Alep, par une offensive de l'armée turque et des combattants rebelles syriens qui lui sont alliés.

Comme Fateh al-Cham, l'EI est aussi exclu des négociations et du cessez-le-feu parrainé par la Russie, alliée de Damas, et la Turquie, qui soutient les rebelles.

Ce cessez-le-feu, entré en vigueur fin décembre, est censé concerner uniquement le régime de Damas et l'opposition non jihadiste, mais il est constamment violé.

Au moins 13 civils ont ainsi été tués samedi dans des raids du régime syrien dans plusieurs régions du pays, dont les plus meurtrières près de Damas, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Jeudi, au moment où s'ouvraient les négociations de Genève, une trentaine de rebelles avaient été tués dans des raids aériens du régime syrien à l'ouest de la métropole d'Alep (nord), reconquise fin décembre par les forces de Damas.

Cette violence générale illustre la fragilité de toute "normalisation" dans un pays ravagé par six ans de guerre, où interviennent des acteurs multiples aux agendas différents. La guerre en Syrie, qui entrera dans quelques jours dans sa septième année, a fait plus de 300.000 morts et des millions de réfugiés;

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