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25/02/2017 07:59 EST | Actualisé 26/02/2018 00:12 EST

Les attentats en Syrie fragilisent un peu plus le processus de Genève

Les discussions de paix intersyriennes à Genève, déjà extrêmement difficiles à mettre en place, apparaissaient samedi encore davantage fragilisées après un attentat meurtrier perpétré contre les services de renseignement syriens à Homs, dont Damas a promis de se venger.

Cet attentat contre un pilier du régime, sans précédent depuis une attaque à Damas en juillet 2012, a été revendiqué par l'ex-branche syrienne d'Al-Qaïda, et a fait entre 30 et 42 morts selon les sources. Parmi les victimes figurent le chef du renseignement militaire de Homs, Hassan Daaboul, un proche du président Bachar al-Assad.

"Les attaques terroristes qui ont visé Homs constituent un message clair à Genève. Le message a été reçu et nous ne laisserons pas passer (ce crime) sans représailles", a déclaré devant la presse Bachar al-Jaafari, le chef de la délégation du régime syrien à Genève.

L'émissaire de l'ONU Staffan de Mistura avait auparavant estimé que les attaques de Homs visaient à faire "dérailler" les négociations de paix. "A chaque fois que nous avons des pourparlers, il y a toujours quelqu'un qui essaye de faire dérailler le processus. Nous nous y attendions", a-t-il déclaré à la presse.

Le groupe responsable de l'attentat, Fateh al-Cham, est l'ancienne branche syrienne d'Al-Qaïda, dont il s'est officiellement séparé en 2016. Il reste néanmoins sur la liste des organisations terroristes de l'ONU et est exclu du cessez-le-feu et des négociations de paix de Genève, qui ne concernent que le régime et l'opposition autre que jihadiste.

Pour le directeur de l'ONG Observatoire syrien des droits de l'Homme, Rami Abdel Rahmane, l'attentat de Homs est "un message aussi bien au régime qu'à l'opposition et à la communauté internationale que Fateh al-Cham est là et que personne ne peut l'isoler".

- Attentats et bombardements -

Les attaques de Homs se sont produites au lendemain d'un autre jour sanglant en Syrie, où des attentats revendiqués par le groupe jihadiste Etat islamique (EI) ont fait 77 morts, en majorité des civils, près d'Al-Bab dans le nord du pays.

L'EI a été chassé jeudi d'Al-Bab, dernière grande ville sous son contrôle dans la province septentrionale d'Alep, par une offensive de l'armée turque et des combattants rebelles syriens qui lui sont alliés.

L'EI est lui aussi exclu des négociations et du cessez-le-feu parrainé par la Russie, alliée de Damas, et la Turquie, qui soutient les rebelles.

Ce cessez-le-feu, entré en vigueur fin décembre, est censé concerner le régime de Damas et l'opposition non jihadiste, mais il est constamment violé.

Au moins 13 civils ont ainsi été tués samedi dans des raids du régime syrien dans plusieurs régions du pays, dont les plus meurtrières près de Damas, selon l'OSDH.

Jeudi, au moment où s'ouvraient les négociations de Genève, une trentaine de rebelles avaient été tués dans des raids aériens du régime syrien à l'ouest de la métropole d'Alep (nord), reconquise fin décembre par les forces de Damas.

Cette violence générale illustre la fragilité de toute "normalisation" dans un pays ravagé par six ans de guerre, où interviennent des acteurs multiples aux agendas différents. Et fragilise un peu plus les négociations déjà très difficiles engagées à Genève.

- Les discussions piétinent -

Staffan de Mistura a officiellement lancé jeudi le quatrième round de pourparlers entre régime et opposition, après trois tentatives avortées au premier semestre 2016.

Mais au troisième jour de ce nouveau processus, aucune discussion sur le fond ne s'est encore engagée avec l'ONU, et encore moins entre les deux parties. Le format des négociations, que l'opposition et l'ONU voudraient directes, donc en face à face avec le régime, n'a pas encore été fixé.

M. de Mistura, qui a transmis vendredi aux délégations un "papier" portant, selon des sources proches des négociations, sur la procédure et l'ordre du jour, recevait de nouveau le régime samedi.

Il mentionne, selon ces sources, les trois thèmes sur lesquels l'ONU veut engager les discussions: gouvernance, Constitution et élections.

Mais la gouvernance du pays pendant une période de transition est loin d'avoir le même sens pour Damas et ses alliés russe et iranien d'un côté, et pour l'opposition de l'autre.

Les premiers veulent que le président syrien Bachar al-Assad reste au pouvoir jusqu'à ce que le "peuple" décide de son sort par les urnes. Les seconds réclament un "organe de transition ayant tous les pouvoirs exécutifs".

burs-cf/lpt