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25/02/2017 05:39 EST | Actualisé 26/02/2018 00:12 EST

Journaliste retenu en Turquie: "ni nécessaire, ni juste" selon Berlin

Le gouvernement allemand juge "ni nécessaire, ni juste", le maintien en détention en Turquie du correspondant du quotidien allemand Die Welt, soupçonné de "terrorisme" par Ankara, selon une interview diffusée samedi.

"Deniz Yücel est en garde à vue depuis le 14 février. (...) Il n'est ni nécessaire, ni juste de priver Deniz Yücel de sa liberté aussi longtemps", a déclaré Sigmar Gabriel, le ministre allemand des Affaires étrangères, dans un entretien à paraître dans l'édition dominicale du journal Die Welt.

Une telle durée de détention est formellement possible en vertu de l'état d'urgence en vigueur en Turquie, mais "il est temps maintenant pour la justice turque de prendre une décision. (...). Nous continuons à faire tout ce que nous pouvons pour trouver une bonne solution", a ajouté le ministre.

Ces propos font écho à l'appel vendredi de 170 députés allemands, réclamant dans une lettre ouverte la libération "rapide" de M. Yücel.

Deniz Yücel, journaliste germano-turc de 43 ans, était recherché par la police pour ses articles sur le piratage de la messagerie électronique de Berat Albayrak, ministre de l'Énergie et gendre du président turc Recep Tayyip Erdogan. Les courriels, piratés par des hackeurs, dévoilent les pressions politique du gouvernement turc sur des médias et des stratégies de manipulation de l'opinion sur les réseaux sociaux.

Deniz Yücel s'est présenté de lui-même le 14 février à la police à Istanbul pour répondre aux enquêteurs, avait indiqué Die Welt. Selon le journal, il est accusé "d'appartenance à une organisation terroriste, d'utilisation de données et de propagande terroriste".

Les relations entre Berlin et Ankara se sont dégradées ces derniers mois. La Turquie a notamment dénoncé le vote en juin des députés allemands qualifiant de génocide les massacres d'Arméniens par l'empire Ottoman au début du 20e siècle, ainsi que les critiques par Berlin de la répression de l'opposition turque.

Depuis le coup d'Etat avorté du 16 juillet 2016 en Turquie, plus d'une centaine de journalistes ont été arrêtés sans être jugés, 170 médias ont été fermés et 775 cartes de presse annulées selon les décomptes d'associations de défense de la liberté de la presse.

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