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23/02/2017 10:50 EST | Actualisé 24/02/2018 00:12 EST

Un musicien irakien nommé "Artiste de l'Unesco pour la paix"

Il joue du oud pour combattre les extrémismes qui gangrènent son Irak natal. A travers sa musique, Naseer Shamma espère apaiser les esprits, un engagement qui lui a valu d'être nommé jeudi artiste de l'Unesco pour la paix.

"La musique est un remède contre l'extrémisme. Elle apporte paix et équilibre à l'individu", explique à l'AFP le musicien et compositeur. Ce natif de Kout, à 150 km au sud-est de Bagdad, doit sa renommée dans le monde arabe à sa maîtrise du oud, un luth oriental dont les origines se perdent dans l'ancienne Mésopotamie.

Pour lui, cet instrument millénaire est bien plus qu'une passion. "C'est mon destin. A travers lui, je traduis toutes mes émotions, envers les gens, le monde, la femme. C'est le balcon depuis lequel je regarde la vie", dit-il avec un brin de poésie.

Mais c'est aussi une arme redoutable pour combattre la violence. Il essaime ainsi des écoles de oud sur son chemin. Au Caire d'abord, où il a créé en 1999 la Maison du luth arabe, mais aussi à Abu Dhabi et Alexandrie.

"Jouer du oud transforme complètement les enfants. Quand ils arrivent, ils parlent la langue de la rue. Après un an, leurs voix ont changé, leur manière de s'adresser à leur parents. La musique les rend non-violents", assure-t-il.

Bientôt, sa mission le ramènera chez lui, en Irak. Un pays dont il s'est exilé en 1993 après avoir été emprisonné plusieurs fois dans les geôles de Saddam Hussein. Accusé d'avoir critiqué le régime. "Je demandais juste plus de liberté et de démocratie", dit-il aujourd'hui avec simplicité.

Revenu pour la première fois en 2012, il y mène aujourd'hui de nombreux projets. Musicaux, mais aussi humanitaires. Il y a deux ans, il a créé l'association Ahlouna, pour venir en aide aux personnes déplacées dans les camps par les combats entre les forces de sécurité irakiennes et les jihadistes de l'Etat islamique dans l'ouest du pays.

Cet engagé de la première heure voit déjà en son titre d'artiste de l'Unesco pour la paix une opportunité de mener à bien de nouveaux projets. "Dans les écoles, on enseigne aux enfants le confessionnalisme. Il faut qu'on change les programmes d'enseignements pour éradiquer tout ce qui sépare les Irakiens les uns des autres".

En tant qu'artiste de l'Unesco pour la paix, Naseer Shamma sera également amené à participer aux projets de l'organisation dans son pays, notamment en matière de soutien à l'éducation et à la culture.

nos/thm/glr