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23/02/2017 06:17 EST | Actualisé 24/02/2018 00:12 EST

Tournoi - Irlande: quand géographie, patriotisme et calendrier font bon ménage

Quatre provinces historiques écrémant le meilleur, une fibre patriotique annihilant les départs à l'étranger et des compétitions parfaitement adaptées: le rugby irlandais a trouvé le parfait équilibre pour favoriser la réussite de son équipe nationale.

. La patrie ou la mort

Bernard Jackman, l'entraîneur irlandais de Grenoble, résume ainsi le dilemme auquel est confronté chaque rugbyman tenté de quitter l'île: "Si tu pars, tu ne joues pas!"

Règle non officielle, la non-sélection de joueurs évoluant à l'étranger coupe les envies d'ailleurs, le XV du Trèfle étant au-dessus de tout. "Les joueurs sont très attachés à jouer pour le pays, ça passe devant tout le reste", explique Jackman.

L'ouvreur vedette Jonathan Sexton (31 ans, 63 sélections) s'est pourtant bien exilé deux ans au Racing (2013-2015), avant de revenir au Leinster. "Une exception", estime l'entraîneur grenoblois. "Il avait signé par surprise. Justement, après cela, la Fédération s'est dit: on ne va pas faire les mêmes erreurs".

Sa doublure Ian Madigan (27 ans, 30 sélections), parti à Bordeaux à l'été 2016, fait les frais de cette politique: Sexton même blessé, il n'a pas été rappelé depuis par le sélectionneur Joe Schmidt, "satisfait des joueurs qui évoluent en Irlande", selon Jackman.

. Des provinces-pépinières

Provinces historiques de l'île d'Emeraude, l'Ulster (qui comprend l'Irlande du Nord pourtant territoire britannique, un cas unique), le Leinster, le Munster et le Connacht sont autant de réserves de l'équipe nationale. Leur petit nombre donne ainsi, avec la nécessité des rotations, une chance à tous. "Si tu peux jouer pour une province, alors tu as une chance de jouer en équipe nationale", explique Jackman, ancien talonneur du Leinster.

La forte identité régionale participe aussi à la structuration du rugby irlandais: "Dès que j'avais 3-4 ans, je savais que j'étais du Leinster", explique Jackman. "Pour nous, jouer pour une province, c'est un rêve. Ce n'est pas comme jouer pour un club. Au Munster ou à l'Ulster, 90% des joueurs sont originaires de la province."

Les jeunes joueurs n'ayant pas encore percé à cet échelon intermédiaire entre clubs et sélection peuvent difficilement quitter l'île car ils sont du coup "sans CV", explique Jackman, pour qui les plus âgés sont eux retenus par un avantage fiscal donné aux seuls sportifs professionnels qui terminent leur carrière dans le pays.

. Des compétitions aux petits oignons

Sans véritable championnat national, l'Irlande profite de deux compétitions taillées à sa mesure pour que ses joueurs s'aguerrissent au meilleur niveau sans s'épuiser, comme on peut parfois le reprocher à un Top 14 éreintant (26 journées de phase régulière plus 3 de phase finale).

En Coupe d'Europe, où Leinster (3 titres) et Munster (2) font partie des formations les plus redoutées, les quatre provinces jouent le jeu à fond, contrairement à certains clubs français.

La Ligue celtique, où elles dominent encore plus (9 titres en 15 éditions), possède l'avantage d'être une Ligue fermée, sans relégation et donc sans pression, où les cadres peuvent souffler et les novices progresser. "Il y est facile de partager du temps de jeu correctement", souligne Jackman. "Les bons joueurs ne font que la Coupe d'Europe et les matches importants de Ligue celtique. C'est mieux pour Joe Schmidt, c'est bon pour lui si les joueurs jouent moins."

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