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23/02/2017 08:15 EST | Actualisé 24/02/2018 00:12 EST

Stéphane Lafleur : pour une deuxième fois

À l'occasion de la diffusion d'En terrains connus à Notre cinéma (ICI Radio-Canada Télé) ce vendredi 24 février à 23 h, nous avons discuté avec le cinéaste québécois autour de l'idée de deuxième film.

En 2007, alors que Stéphane Lafleur dévoilait son tout premier film, Continental, un film sans fusil, le cinéma québécois se découvrait un nouveau poète du quotidien singulier, touchant et drôle. Résultat des courses : une première au Festival de Venise, un beau succès en salle et les Jutra des meilleurs réalisation, scénario et film ainsi que le prix du meilleur premier film à Toronto.

Quatre ans plus tard, c’est autour d’une pelle mécanique à vendre, d’une plante verte à offrir, d’un bonhomme gonflable valsant au gré du vent, d’un accident et d’un homme du futur… que Stéphane Lafleur tissait la toile d’En terrains connus et confirmait son goût très sûr pour les récits réalistico-absurdes en mélangeant road-movie, fantastique, ton doux-amer et art du décalage.

Après un détour par les Rendez-vous du cinéma québécois, le Festival de Berlin, les salles québécoises et françaises, En terrains connus arrive sur nos ondes. Nous avons donc soumis le cinéaste et musicien (il est également chanteur et guitariste du groupe Avec pas d’casque) à notre questionnaire spécial « deuxième film ».

Est-ce qu’on aime moins son deuxième que son premier?Non, pas du tout! En fait, même si je pense qu'En terrains connus est le mal-aimé de mes trois films, moi, je l’aime beaucoup! Il n’a pas été beaucoup vu. Continental avait plutôt bien marché en salle, les Jutra lui avaient apporté une deuxième vie aussi, mais En terrains connus a peut-être une carrière moins éclatante. C’est drôle, à l’époque je me disais que ça faisait longtemps qu’il n’y avait pas eu de film sur l’hiver et paf, en même temps que lui sortaient Curling [de Denis Côté, accessible sur ICI Tou.tv] et Le vendeur [de Sébastien Pilote]!

Mais c’est un film pour lequel j’ai un petit faible. ! J’ai eu l’impression de pouvoir y pousser plus loin ma petite science-fiction avec son réalisme magique. Et puis j’aime l’hiver : c’est un contexte qui nous ressemble, une saison qui influence notre identité, qui nous sommes.

Faire un deuxième film, c’est comme faire un deuxième disque?Je ne me souviens plus de la façon dont s’est passée la conception du deuxième disque! Je sais, par contre, que c’est très différent et difficile à comparer. Au cinéma, je travaille avec la même équipe, dans la continuité. Il s’agissait donc de pousser la même démarche, ensemble, sans rupture de ton. Je vois tout de même une différence : le premier disque avait été assez confidentiel et donc, le deuxième était attendu par maximum 12 personnes! Après Continental, qui avait eu son petit succès, ce n’était plus la même chose pour le deuxième film.

Le meilleur deuxième film de l’histoire du cinéma?De l’histoire du cinéma! C’est bien, ça ne met aucune pression de le présenter comme ça [rires]. Je dirai El Topo, d’Alejandro Jodorowsky. C’est quand même pas pire, comme deuxième film. C’est drôle parce qu’habituellement, les premiers films sont plus intéressants que les deuxièmes. Eraserhead, de David Lynch, c’est plus intéressant qu’Elephant Man, par exemple. Citizen Kane, même chose, c’est le premier film et le plus marquant de Welles! Il y a un souffle dans les premiers films, ils ont souvent été mûris et portés plus longtemps, alors que les deuxièmes arrivent en général plus vite. Mais certains font mentir ça. Comme Wes Anderson : on se souvient plus de Rushmore que de Bottle Rocket. Et Jodorowsky, c’est la même chose. C’est un cinéaste que j’ai découvert sur le tard et je ne comprenais pas pourquoi on ne m’en avait pas parlé avant. Je n’ai jamais vu un univers aussi éclaté. C’est vraiment de la poésie filmée. C’est unique, incroyable.La bande-annonce d’El Topo (source : YouTube/ABKCO Films)

Et finalement, deux souvenirs du deuxième filmQuand je pense à En terrains connus, je pense à Michel Daigle qui est mort en 2015. Ça a été un grand bonheur de travailler avec lui. Il était tout ce que je ne recherchais pas, mais à l’audition, il m’a complètement charmé. Sa façon de parler était tellement naturelle et sa générosité sur le plateau, immense.Sinon, je me souviens qu’on avait dû se battre pour avoir de la neige! Il n’y en avait pas. Il faisait chaud même, et quand les personnages parlaient, il n’y avait pas de buée. Si on avait déplacé la caméra de deux pouces, on aurait pu voir la boue! Certes, ça a quand même rendu le tournage plus facile (je pense à Louis Bélanger qui a tourné Les mauvaises herbes par -45!). Il y a juste pour les tempêtes qu’on a eu de la chance. Le timing était parfait, elles sont arrivées exactement les deux jours où on en avait besoin.

En terrains connus sera diffusé vendredi 24 février, à 23 h, dans la série Notre cinéma sur ICI Radio-Canada Télé. Il est également sur ICI Tou.tv.