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23/02/2017 06:20 EST | Actualisé 24/02/2018 00:12 EST

Les conservateurs américains se réunissent, Trump en chef de file inédit

Le mouvement conservateur américain se retrouve jeudi près de Washington pour sa conférence annuelle dans un paysage idéologique bouleversé par l'avènement de Donald Trump, un outsider autrefois dédaigné par les militants mais aujourd'hui célébré.

"Nous sommes agréablement surpris par ce que Trump a commencé à faire", estime dans les allées Steve Hanly, pilote de 61 ans venu du Texas avec sa femme et son fils de 19 ans.

Les premières décisions présidentielles du milliardaire, notamment ses mesures anti-avortement et la nomination d'un juge conservateur à la Cour suprême, ont convaincu cette famille de partisans de l'ancien candidat à la présidentielle Ted Cruz, un ultra-conservateur, que le nouveau président, même s'il n'est pas "un vrai conservateur", emmènera le pays dans la bonne direction.

Car l'homme d'affaires, qui fut un temps proche des démocrates et a soutenu celle qui est devenue en 2016 son adversaire, Hillary Clinton, a toujours semé le trouble dans la famille conservatrice, qui s'est construite depuis la renaissance des années 1960 sur trois piliers: traditionalisme sur les questions de société comme la famille, l'avortement et les armes; libéralisme pro-marché et réduction du rôle de l'Etat; et politique musclée de défense.

Durant la campagne, Donald Trump a fait un virage à droite, mais il continue de défendre un programme de grands travaux publics, et son discours isolationniste et protectionniste est anathème pour une partie de son camp.

Il y a six ans, le promoteur immobilier s'exprimait pour la première fois à cette Conférence pour l'action politique conservatrice (CPAC), créée en 1973. Hué à l'époque pour avoir raillé l'un des chouchous libertariens des militants, Ron Paul, il avait été aussi très applaudi pour sa dénonciation de la classe politique traditionnelle et, déjà, de la Chine et du Mexique comme des adversaires économiques.

Pour sa venue vendredi ici, dans un grand hôtel et centre de conférence à proximité de la capitale, il est probable qu'il sera acclamé comme le sauveur du parti républicain, au pouvoir au Congrès et à la Maison Blanche.

- Gratitude -

"Je suis assez vieux pour me souvenir du temps où les républicains étaient désespérément dans l'opposition", relève Charles Quilhot, ancien courtier d'assurances de 60 ans, qui vit en Virginie.

Le premier mois de Donald Trump a été mouvementé, reconnaît-il. "Mais c'est toujours mieux que l'alternative", Hillary Clinton, affirme ce militant pragmatique.

L'aile populiste, nationaliste et d'extrême-droite, incarnée d'abord par les rebelles du Tea Party puis plus récemment par les partisans de Donald Trump, a progressivement pris l'ascendant sur cette grand-messe, qui voyait il n'y a pas si longtemps s'affronter les chrétiens conservateurs et les libertariens.

Le site d'informations pro-Trump et anti-establishment Breitbart est un sponsor officiel et ses journalistes sont omniprésents dans les panels.

L'ancien patron du site, Stephen Bannon, devenu le puissant conseiller stratégique du président américain, s'exprimera jeudi sur la scène de la conférence, à laquelle 10.000 personnes ont participé l'an dernier.

A ce stade, la gratitude des républicains pour avoir vaincu Hillary Clinton relègue pour l'instant au second plan toute réserve sur le chaos des premières semaines et le retard des grandes réformes promises, notamment l'abrogation d'Obamacare et le Big Bang fiscal.

"Trump a ramené beaucoup de monde dans le camp conservateur", se félicite Nakayla Irvin, étudiante de 18 ans. "Mais il sait aussi que sans le soutien des conservateurs, il ne pourra pas faire grand chose".

Les républicains attendent du président qu'il continue à agir, et peu importe s'il continue à tweeter.

"Je me fiche de ce qu'il dit, tant qu'il agit", relève Eric Golub, 45 ans, qui se décrit comme un humoriste conservateur. "Barack Obama avait des paroles magnifiques. Ses résultats étaient merdiques".

La conférence a commencé jeudi matin par l'intervention de Kellyanne Conway, 50 ans, l'ex-directrice de campagne devenue conseillère à la Maison Blanche, adulée des militants.

Interrogée sur l'influence de son patron sur le mouvement conservateur, elle a répondu que la conférence CPAC était déjà convertie à l'ère Trump: "demain, ce sera devenu T-PAC".

ico/are