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23/02/2017 04:18 EST | Actualisé 24/02/2017 03:27 EST

«Le déclin de l'empire américain» arrive (enfin) à l'Espace GO! (ENTREVUE)

Courtoisie

À l’été 2016, on apprenait que le grand classique du cinéma québécois, Le déclin de l’empire américain de Denys Arcand, serait adapté au théâtre l’Espace GO. Quelques mois plus tard, on découvrait que l’histoire serait campée dans le nouveau millénaire et qu’elle s’attarderait aux préoccupations des quarantenaires d’aujourd’hui. À quelques jours de la grande première, les auteurs Alain Farah et Patrice Dubois dévoilent les grandes lignes de l’une des pièces les plus attendues de l’année!

Parle-t-on d’une suite logique du film sur les planches ou d’une adaptation des scènes de 1986 avec des dialogues de 2017?

Patrice : On est vraiment dans la métrique d’Arcand et on reconnait les archétypes de ses personnages. On n’a pas pris le Déclin pour faire autre chose, mais pour regarder à travers ce filtre et voir où on en est, qu’est-ce qui a changé, quels sont nos points d’intérêt et comment on voit la famille, l’amitié, l’amour et la société. Et puisqu’on prend un regard très présent, ça nous oblige à un regard passé : on analyse d’où on part pour raconter cette histoire.

Quelle place occupe l’œuvre d’Arcan dans vos vies?

Patrice : Je ne me souviens pas quand j’ai vu le Déclin pour la première fois, mais la cinématographie d’Arcand occupe une place importante dans ma vie d’artiste. Dans le film Jésus de Montréal, Gilles Pelletier joue le curé de la paroisse et dit à Lothaire Bluteau « je t’ai demandé d’adapter légèrement une histoire qui fonctionnait très bien, pis t’es en train de revirer l’histoire du Christ en croix pour en faire un œuvre théâtrale! ». Je verrais très bien Arcand venir nous dire « criss, les gars, qu’est-ce que vous avez fait là? » On va très loin dans l’adaptation, mais on conserve les mêmes références et toutes les scènes majeures du film.

Pourquoi avez-vous modifié les professions des personnages du film?

Alain : Dans le film, on retrouvait une communauté essentiellement universitaire, dont des professeurs qui avaient trouvé un poste quelques années après la création de l’UQAM, alors qu’il y avait une grande demande. Ils étaient permanents, ils pouvaient prendre des années sabbatiques et ils avaient un grand pouvoir d’achat. Environ 30 ans plus tard, il n’y a pas beaucoup de gens de notre âge qui peuvent occuper de tels postes. En actualisant la partition, on a repensé cette élite culturelle pour inclure des profs, un employé de théâtre, un journaliste, etc.

À quel point on écoute les professeurs d’université et les artistes aujourd’hui?

Alain : Avant, le prof d’université nous disait des choses sur le monde selon un ancien paradigme autoritaire, avec une hiérarchie plus définie : on se taisait et on l’écoutait. Mais présentement, on ne peut plus se taire pour les écouter, car il y a trop de bruit. On est pris dans une masse de discours dans laquelle on ne sait plus naviguer. C’était important pour nous d’évoquer notre monde en pleine redéfinition de ses repères. Au fond, on se demande si on est dans un déclin ou non.

Au cinéma, Denys Arcand a fait une œuvre très verbeuse, mais pas du tout statique ni ennuyante. Comment transposez-vous le tout au théâtre?

Patrice : La prise de parole est encore maîtresse dans la pièce. Il va y avoir une scène sur la scène et chaque personnage devra y monter pour s’exprimer. La dynamique a été construite de manière à ce que les filles doivent passer par-dessus les gars pour s’y rendre, et vice-versa, dans une espèce de joute.

Alain : Comme on travaillait avec une matière première de 82 scènes montées avec un rythme saccadé et des échanges de points de vue assez rapides, c’était impossible de faire la même chose sur scène. On voulait que les personnages aient le temps de se rencontrer. On a donc ramassé le texte en 90 minutes, en enlevant la moitié des mots.

Patrice : Du côté de la scénographie, on a voulu chasser les éléments réalistes dans le pourtour de la prise de parole. Au centre, le plancher rappelle le proscénium romain avec les escaliers tout autour, où les hommes prenaient parole. Les marches seront également celles de Wall Street, d’un chalet, d’une salle de yoga, etc. Et au-dessus de nos têtes, on va installer un plafond lumineux, une sorte de plafond de verre qui nous lève et qui nous écrase. 

Avez-vous choisi les comédiens pour évoquer ceux du film?

Patrice : Absolument pas. On a d’abord travaillé le texte pour dégager les personnages. Ensuite, notre priorité était de prendre des acteurs qui ont du corps et qui sont capables d’occuper la scène.

***

La pièce Le déclin de l’empire américain sera présentée à l’Espace GO du 28 février au 1er avril 2017, avec les comédiens Alexandre Goyette, Marilyn Castonguay, Sandrine Bisson, Simon Lacroix, Marie-Hélène Thibault, Éveline Gélinas, Bruno Marcil, Dany Boudreault et Patrice Dubois.

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Le spectacle sera également joué au Carrefour international de théâtre de Québec, du 8 au 10 juin 2017.

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