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23/02/2017 09:51 EST | Actualisé 24/02/2018 00:12 EST

La Bosnie demande à la CIJ de rejuger la Serbie (dirigeant musulman)

Malgré la réticence des Serbes bosniens, un avocat bosnien a remis jeudi à la Cour internationale de Justice (CIJ) la demande de révision de son verdict de 2007, disculpant la Serbie d'avoir orchestré un "génocide" en Bosnie pendant la guerre, a annoncé le chef politique des Bosniaques musulmans.

Cette saisie de la plus haute instance judiciaire des Nations unies risque de provoquer une nouvelle crise politique dans ce pays ethniquement divisé.

"La remise (du dossier, ndlr) est engagée tout juste maintenant", a déclaré en conférence de presse à Sarajevo le membre bosniaque (musulman) de la présidence collégiale de Bosnie, Bakir Izetbegovic.

De son côté, le membre serbe de la présidence, Mladen Ivanic, a dénoncé une action "unilatérale" de son homologue bosniaque et affirmé que la décision de ressaisir la CIJ aurait dû être prise par un vote à la présidence, par ses membres serbe, bosniaque et croate.

"Il n'y a pas eu de décision de la présidence sur la demande de la révision", a déclaré M. Ivanic. Il a ajouté qu'il allait écrire une lettre à la CIJ pour "informer le tribunal de (ce) fait".

M. Izetbegovic assure que l'aval de ses collègues à la présidence n'était pas nécessaire et qu'un avocat nommé en 2002 par la présidence avait remis le dossier à la cour.

"C'est évident que c'est une voie risquée. Mais c'est la seule voie juste, parce que c'est uniquement sur la vérité, qu'elle soit difficile ou douloureuse, que nous pouvons construire de meilleures relations entre les Etats et les peuples dans les Balkans", a-t-il déclaré.

Saisie en 1993 par la Bosnie, la CIJ avait tranché en 2007 que le massacre de 8.000 Bosniaques musulmans de Srebrenica par les forces serbes de Bosnie, en juillet 1995, pendant le conflit intercommunautaire bosnien (1992-95), était un acte de génocide.

La cour avait toutefois dit que "les massacres de Srebrenica ne peuvent être directement attribuées à l'accusé", à savoir à la Serbie, qui "n'avait pas commis de génocide" dans ce pays, selon le verdict.

Le conflit bosnien a fait au total près de 100.000 morts et plus de 2 millions de réfugiés. La Bosnie disposait de dix ans, jusqu'au 26 février, pour réclamer un réexamen de ce verdict.

Les responsables serbes de Bosnie ont mis en garde contre une "longue instabilité" du pays et annoncé un possible boycott des institutions fédérales.

"Je crains que nous soyons entrés dans une crise véritablement sérieuse", a de nouveau averti jeudi M. Ivanic.

rus/pg