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23/02/2017 07:33 EST | Actualisé 24/02/2018 00:12 EST

Deux Allemands enlevés au Nigeria dans un contexte sécuritaire inquiétant

Deux archéologues allemands ont été kidnappés mercredi dans l'Etat de Kaduna (nord-ouest du Nigeria), accroissant les inquiétudes au sujet des enlèvements pour rançons qui se répandent de plus en plus à travers le géant d'Afrique de l'Ouest.

Ibrahim Idris, le chef de la police fédérale, a confirmé que les deux hommes travaillaient sur un site d'archéologie de la culture Nok, en partenariat avec le centre national du patrimoine nigérian, et que des hélicoptères de surveillance et des spécialistes en contre-terrorisme ont été déployés sur la zone, jeudi, au lendemain de l'attaque.

Les autorités allemandes n'ont souhaité faire aucun commentaire.

"Les ravisseurs sont arrivés avec des armes à feu et des machettes, et ont ordonné aux Allemands de les suivre dans la brousse", a raconté à l'AFP un habitant, sans vouloir dévoiler son identité pour des raisons de sécurité.

"Deux villageois qui ont décidé de poursuivre les ravisseurs ont été abattus", a-t-il ajouté

Cet enlèvement a un écho particulièrement important, puisqu'il a eu lieu à proximité de la route reliant l'aéroport de Kaduna à la capitale fédérale Abuja, axe qui sera intensément utilisé dans quelques semaines: le gouvernement a annoncé la fermeture de l'aéroport d'Abuja pour travaux à partir du 8 mars.

Tous les vols locaux devront être détournés vers Kaduna, même si les compagnies internationales ont refusé d'utiliser cet aéroport, arguant notamment de problèmes de sécurité sur la route de 220 km reliant la ville du nord à la capitale fédérale.

- kidnappings express-

Le phénomène du kidnapping contre rançon est particulièrement répandu au Nigeria (4ème pays au monde en 2016 selon Control Risk, organisation internationale de surveillance des risques) depuis une dizaine d'années.

"La route entre Kaduna et Abuja est un axe très sensible, car il draine des personnes riches et importantes", explique l'expert nigérian Nnamdi Obasi, pour International Crisis Group.

"C'est aussi un territoire hors de contrôle sécuritaire, les gouvernements locaux concentrant leurs efforts sur les zones urbaines", poursuit le chercheur.

Bien qu'il n'existe aucune donnée officielle, et que l'immense majorité des enlèvements ne sont pas rapportés à la police sur ordre des ravisseurs, tous les experts s'accordent à dire que la "tendance" s'est gravement accélérée ces derniers mois.

"Avant cela ne concernait que des expatriés dans le sud pétrolier, explique M. Obasi. Ensuite, les cibles étaient de riches Nigérians. Maintenant, c'est tout le monde, absolument tout le monde. Il y a cette idée que même un peu d'argent, ce sera mieux que rien. C'est ce qu'on appelle le +kidnapping express+ ", ajoute-t-il, soulignant que dans 90% des cas, les victimes sont relâchées.

Mi-février, 5 employés agricoles et deux représentants politiques ont été kidnappés à Epe, dans l'Etat de Lagos. Fin janvier, 10 personnes (dont des lycéens) ont été enlevées au sein même de l'Ecole Internationale Turque au nord de Lagos. En juillet dernier, un diplomate de Sierra Léone avait été enlevé sur la route entre Abuja et Kaduna, arrêté par ses ravisseurs sur un faux checkpoint de police.

"Et on pourrait dérouler la liste encore et encore", note Don Okerere, consultant en sécurité basé à Lagos. "Mais pour 10 incidents rapportés, il y en a au moins 6 ou plus qui ne le sont pas", poursuit-il, soulignant que les dernières données officielles, de la police, datent de 2015, et recensaient déjà 887 incidents.

Un "système de justice inefficace", ainsi qu'une "prolifération historique" des armes à feu dans le pays, ainsi qu'un taux de chômage très important, notamment chez les jeunes, expliquent cette accélération, selon M. Okerere.

Selon le Bureau national des statistiques, le taux de chômage (incluant l'économie informelle) est passé de 6,4% en 2014 à 14% fin 2016, dans un contexte de grave récession économique et d'inflation à deux chiffres.

Dans ce pays fédéral, 10 Etats (sur 36, notamment dans le sud) appliquent la peine de mort pour les responsables de kidnappings. Lagos, qui s'était quasiment débarrassé du phénomène pendant plusieurs années, mais qui doit faire face désormais à une forte recrudescence, est le dernier Etat à avoir mis en place la sanction ultime "en cas de mort de la personne kidnappée".

Une mesure qui ne soignera pas "les racines du mal", selon le consultant en sécurité.

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