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23/02/2017 16:34 EST | Actualisé 24/02/2018 00:12 EST

De Tokyo à Washington, l'infini des pois et miroirs de Yayoi Kusama

Miroirs ouvrant sur l'infini, pois multicolores et gigantesques ballons, le monde teinté d'hallucinations de Yayoi Kusama est célébré par deux grandes expositions simultanées au Japon et aux Etats-Unis. A 87 ans, l'artiste japonaise conserve sa même soif créatrice.

"Je m'attache à faire de l'art du matin au soir, tous les jours", a-t-elle confié, coiffée d'une perruque rouge et vêtue d'un kimono décoré de ses célèbres pois noir et jaune, à la centaine de journalistes réunis à Tokyo pour la présentation de son exposition au National Art Center.

"Je veux créer tant que je vivrai", a encore affirmé Yayoi Kusama, en chaise roulante.

La vie et la création sont deux choses inséparables pour cette artiste d'avant-garde aux 65 ans de carrière, qui a signé quelque 520 oeuvres pour sa seule série "Mon âme éternelle" ("My eternal soul") lancée en 2009.

Sacs à main de grande marque, immeubles, corps nus: ses célèbres pois estampillent de nombreux supports... et ses oeuvres valent à l'octogénaire une reconnaissance mondiale.

A Washington, l'engouement est tel que les billets pour les deux premières semaines de son exposition ont été vendues avant même son ouverture jeudi au musée Hirshhorn, au lendemain de celle de Tokyo. Et les organisateurs ont dû embaucher 120 guides et employés supplémentaires pour contrôler la foule.

Cette frénésie pourrait faire oublier que l'une des artistes contemporaines les plus célèbres du Japon a traversé une longue période difficile pendant les années 1960, luttant pendant 16 ans à New York pour être reconnue dans un monde de l'art dominé à l'époque par les hommes blancs.

Multipliant les performances de rue, où les figurants se déshabillaient, en pleine révolution sexuelle, à Wall Street et dans Central Park pour exhiber des corps arborant ses célèbres pois peints, Yayoi Kusama s'est finalement épuisée.

Revenue au Japon en 1973, souffrant de surmenage, elle entre volontairement en hôpital psychiatrique... qu'elle n'a plus jamais quitté depuis.

Mais dans les années 1990, portée par le potentiel commercial de ses pois et citrouilles mouchetées sur un marché de l'art en plein essor, Yayoi Kusama a été "redécouverte", son style devenant instantanément reconnaissable.

Se perdre dans l'infini de l'une des six salles aux miroirs présentées au Hirshhorn,- le plus grand nombre jamais réuni pour une exposition -, c'est entamer un voyage troublant au coeur de l'imaginaire de l'artiste peuplé de pois, ballons et mille lumières aux échos psychédéliques.

Mais l'exposition du Hirshhorn évoque à peine en passant les névroses qui nourrissent l'oeuvre de Yayoi Kusama. Un choix délibéré, explique la commissaire d'exposition Mika Yoshitake, afin de ne pas faire "de sa maladie mentale la source de tout".

"Il est important d'expérimenter ces salles sans avoir forcément besoin de tout savoir d'elle."

oh/elc/kal