POLITIQUE
22/02/2017 12:23 EST

Islamophobie: le témoignage d'une Québécoise rappelle que le problème est bien réel

Des musulmans enjoignent les politiciens à reconnaître les crimes haineux dont ils sont victimes.

Pendant que les élus fédéraux débattent du terme «islamophobie», des musulmans qui vivent cette réalité au quotidien enjoignent les différents partis à reconnaître les crimes haineux dont ils sont victimes.

Coraline Le Moyne, une Québécoise convertie à l’islam qui porte le hijab, raconte qu’elle a été frappée au poignet par un total inconnu qui tenait des propos racistes contre les immigrants, mardi. Au moment de l’entrevue, en soirée, elle disait que son bras lui faisait encore mal.

Alors qu’elle prenait un numéro dans une salle d’attente d’un bureau du gouvernement à Montréal, un homme près d’elle a murmuré qu’il y avait «juste des hosties d’immigrants icitte». S’ensuivit un échange acrimonieux entre l’homme en question et elle, après qu’elle lui a fait remarquer qu’il tenait des propos racistes.

Elle raconte que l’homme en question lui disait qu’il avait le droit de s’exprimer et l’a accusée d’être «folle» de s’emporter de la sorte pour un simple commentaire.

Coraline Le Moyne affirme qu'elle a ensuite sorti son téléphone cellulaire en lui demandant de répéter ce qu’il venait de dire. Profitant d’un moment où une employée lui demandait de ranger l’appareil pour ne pas envenimer la situation, l’homme lui a flanqué un coup de karaté, selon ses dires, pour faire tomber le téléphone, arrachant du même coup ses écouteurs sous son hijab.

Après cette altercation, l’homme se serait enfui quand l’employée du bureau a crié qu’elle allait appeler la police.

La classe politique a promis d'élever le débat après l'attentat de Québec, le mois dernier. (Photo: AFP/Getty Images)

Ce n’est pas la première fois que la porte-parole du groupe Salam Alaikom est victime d’actes à caractère haineux. En tant qu’activiste, elle explique qu’elle reçoit des menaces à toutes les semaines. Il y a quelques années, une personne qui avait découvert où elle travaillait l’a appelée pour lui dire qu’elle allait l’attendre à 17h, après son boulot.

Mais en tant que femme qui porte le hijab, elle explique aussi être victime d’actes de violence gratuite. Elle raconte qu'un homme lui a déjà lancé son verre de sloche de la fenêtre de sa voiture en la traitant de «Ben Laden» et que des gens l’ont déjà dépassée en file à l’épicerie, sous prétexte que les Québécois doivent être servis en premier.

«Il faut arrêter de dénigrer et de nier l’existence de l’islamophobie», disait Samah Jebbari, porte-parole du Forum musulman canadien, lors d’une conférence de presse mardi pour demander aux députés fédéraux de se rallier à une motion qui vise à condamner l’islamophobie.

«Quand des signes nazis sont sur les tombes des juifs, on appelle ça de l’antisémitisme. Quand il y a une tête de cochon devant une mosquée, il faut aussi appeler ça de l’islamophobie. Il faut nommer les choses par leur nom.»

Dialogue de sourds à Ottawa

Depuis plus d’une semaine, l’initiative de la députée libérale Iqra Khalid a laissé place à un dialogue de sourds entre le gouvernement et l’opposition officielle. Les libéraux refusent tout amendement à la motion M-103 de Mme Khalid, alors que les conservateurs ont présenté une contre-motion pour mettre toutes les religions sur un même pied d’égalité.

Mme Khalid racontait la semaine dernière qu’elle avait reçu plus de 50 000 messages à propos de M-103, dont plusieurs sont haineux, sexistes, voire des menaces de mort en raison de sa motion, qui n’est pas une loi et qui n’est en aucun cas contraignante.

« C’est dommage que ça ait pris six morts pour qu’ils nous écoutent et c’est encore plus dommage, un mois après l’attentat, qu’on n’en entendra plus parler »

— Coraline Le Moyne

Coraline Le Moyne déplore le fait que ce débat survienne moins d’un mois après l’attentat de Québec, où un tireur a ouvert le feu dans le Centre culturel islamique de Québec pendant la prière du soir et a tué six personnes.

Présents à diverses vigiles après l’attentat, les politiciens de différents niveaux ont exprimé leur solidarité à l’endroit de la communauté musulmane et ont reconnu qu’il fallait élever le débat public.

«C’est dommage que ça ait pris six morts pour qu’ils nous écoutent et c’est encore plus dommage, un mois après l’attentat, qu’on n’en entendra plus parler. Les gens vont oublier. Pourtant, il y a une mosquée qui vient de se faire saccager [dans l’est de Montréal]», déplore la porte-parole de Salam Alaikom.

Une «gifle» pour les musulmans

À son avis, de ne pas reconnaître que l’islamophobie existe au Canada est une «gifle» pour les personnes de confession musulmane. Elle craint qu’il y ait des conséquences graves, comme la radicalisation des jeunes, si rien n’est fait pour contrer la ghettoïsation, la stigmatisation et la discrimination de cette communauté.

«En n’appuyant pas une telle motion, c’est comme de dire que le problème n’existe pas, ce qui est très insultant pour nous, et que les gens ont le droit de tenir des discours haineux», décrie-t-elle.

Le Forum musulman canadien était à Ottawa mardi pour appeler les élus à soutenir M-103. (Photo: PC)

Le vote sur la motion M-103 aura lieu au printemps. Si elle est adoptée, le gouvernement Trudeau demandera que le Comité permanent du patrimoine canadien entreprenne une étude pour établir une approche pour contrer le racisme et la discrimination religieuse systémiques, dont l’islamophobie.

Jusqu’à présent, une majorité de conservateurs et le Bloc québécois refusent d’appuyer cette motion.

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