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Comment un Québécois a retrouvé les seules images filmées de Marcel Proust

Jean-Pierre Sirois-Trahan, professeur de cinéma à l'Université Laval, à Québec, a ravi de nombreux admirateurs de Marcel Proust en faisant connaître au grand public l'existence d'un film muet en noir et blanc où l'on aperçoit brièvement l'auteur d'À la recherche du temps perdu.

Un texte d'Antoine Aubert

Le visage de Marcel Proust n’était jusqu’à présent connu que grâce à des photographies. Jean-Pierre Sirois-Trahan n’est toutefois pas le premier à avoir évoqué l’existence de ce film. L’historienne française Laure Hillerin l’avait signalé en 2014 dans un livre, mais la révélation était passée relativement inaperçue. Le Québécois a pour sa part relaté sa découverte dans un article intitulé « Un spectre passa… Marcel Proust retrouvé », paru il y a quelques semaines dans la Revue d’études proustiennes.

C’est en codirigeant un collectif sur Proust et le cinéma de son époque que Jean-Pierre Sirois-Trahan a eu vent de l’existence dans les Archives nationales du film à Bois-d’Arcy, en France, du film 35 mm datant de 1904. Pendant un peu plus d’une minute, on peut y voir des aristocrates descendre les marches de l’église de la Madeleine, à Paris, après le mariage d’Armand de Guiche et d’Elaine Greffulhe. Le nouveau marié est un ami proche de Marcel Proust; son épouse est la fille de la comtesse Greffulhe, considérée comme l’une des femmes ayant inspiré Oriane de Guermantes, célèbre personnage d’À la recherche du temps perdu.

« On m’a dit qu’il était certain que Proust était à ce mariage », explique Jean-Pierre Sirois-Trahan lors d’une entrevue téléphonique avec Radio-Canada. Néanmoins, le personnel des Archives nationales du film lui a, à l’époque, assuré que le génie littéraire n’apparaissait pas sur le film.

Pour en avoir le cœur net, le professeur québécois s’est rendu à la Bibliothèque nationale de France pour examiner le document. « Je n’ai pas reconnu Proust la première fois que j’ai vu le film », raconte-t-il. En le visionnant de nouveau, à l’aide de nombreuses pauses, image par image, il a finalement repéré, à la 37e seconde, un jeune homme à la fine moustache, portant une redingote claire et un chapeau melon, descendant rapidement les marches.

« Sûr à 90 % »

Après des recherches pour établir la présence de Proust aux noces et connaître ses habitudes vestimentaires à l’époque, Jean-Pierre Sirois-Trahan en est venu à la conclusion que, selon toute vraisemblance, il s’agissait du grand écrivain français. « J’en suis sûr à 90 % », dit-il.

Qui est Marcel Proust en 1904? Tout sauf l’auteur de l’une des plus gigantesques œuvres littéraires du 20e siècle. « C’est un mondain un peu dandy, écrivain à ses heures, un peu en dilettante », répond Jean-Pierre Sirois-Trahan. Un homme apprécié de ses amis pour ses traits d’humour : « Il est, semble-t-il, la personne la plus spirituelle de Paris. »

Les drames personnels – notamment la mort de sa mère en 1905 – ont par la suite bouleversé son existence. Ils l’ont « fait dépérir et vieillir prématurément », tout en donnant naissance à l’écrivain que l’on connaît. Du côté de chez Swann, premier volume d'À la recherche du temps perdu, est paru en 1913.

Le film donne aussi un aperçu de la population la plus huppée de Paris. « On y voit une aristocratie triomphante, mais qui sent que la bourgeoisie est en train de prendre sa place. Ce remplacement est d’ailleurs l’un des grands sujets de l’œuvre de Proust », indique Jean-Pierre Sirois-Trahan.

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