NOUVELLES
16/02/2017 08:19 EST | Actualisé 17/02/2018 00:12 EST

Trump enchante en Israël, alarme à Ramallah et trouble tout le monde

En prenant ses distances avec la solution à deux Etats pour régler l'un des plus vieux conflits du globe, Donald Trump ravit la droite israélienne et alarme les Palestiniens, bien que personne ne distingue les desseins du président américain.

Recevant le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, M. Trump a indiqué mercredi que les Etats-Unis, acteur historique de l'effort de paix entre Israéliens et Palestiniens, ne s'accrochaient plus à la solution dite à deux Etats, à savoir la création d'un Etat palestinien qui coexisterait avec Israël.

M. Trump rompait là avec un principe directeur de la diplomatie américaine officiellement adopté par les présidents depuis au moins 2001. La solution à deux Etats est aussi la référence d'une grande partie de la communauté internationale, de l'ONU à la Ligue arabe, en passant par l'Union européenne.

Le flou caractérisant une nouvelle fois une déclaration en rupture de la part de M. Trump a suscité triomphalisme, alarme ou perplexité.

"La fin d'une idée dangereuse et erronée: celle de la création d'un Etat terroriste palestinien au coeur de la terre d'Israël", a claironné le ministre israélien des Sciences Ofir Akunis, réitérant la revendication juive sur la Cisjordanie au nom de la Bible.

M. Trump a dit mercredi "tout ce que les Israéliens ont toujours voulu entendre de la part d'un président américain", a déclaré aux journalistes un des collaborateurs de M. Netanyahu, Michael Oren. "Prétendre que la solution à deux Etats était la seule solution confinait à l'absurde", a-t-il dit.

M. Trump a redit sa volonté de présider à un accord entre Israéliens et Palestiniens, "vraiment, un formidable accord de paix... Très important pour moi aussi". Mais il n'a aucunement précisé la manière dont il comptait s'y prendre, sinon pour sembler évoquer en termes vagues une approche régionale préconisée par M. Netanyahu, "avec beaucoup, beaucoup de pays et (qui) couvrirait un territoire très vaste".

Comment associer les pays arabes à une entreprise de paix qui n'aboutirait pas à un Etat palestinien indépendant, demandaient les experts, perplexes.

- 'Aucun sens' -

Le conflit nécessite "une paix juste et globale fondée sur une solution à deux Etats avec un Etat palestinien indépendant", a répondu Ahmed Aboul Gheit, secrétaire général de la Ligue arabe, organisation qui a endossé l'initiative de paix arabe prévoyant la création d'un Etat palestinien souverain.

"La solution à deux Etats reste la seule voie pour satisfaire les légitimes aspirations nationales des deux peuples", a martelé l'émissaire des Nations unies Nickolay Mladenov devant le Conseil de sécurité, au lendemain des déclarations du président Trump.

"Ces déclarations n'ont aucun sens", avait dit un diplomate européen sous couvert de l'anonymat.

L'apparente rupture inquiète les Palestiniens.

"La fin de la solution à deux Etats signifie un seul Etat, même raciste", a réagi l'éditorial du quotidien al-Quds. "Après plus de vingt années passées à négocier et après avoir accepté de ne conserver que 22% de la Palestine historique, la grande question est: que devons-nous faire?".

Les dirigeants palestiniens favorables à la négociation avec Israël ne cessent de répéter que faute d'Etat palestinien, la seule possibilité est celle d'un Etat élargi à la Cisjordanie, déjà occupée par Israël, et à Jérusalem-Est, que les Palestiniens revendiquent comme future capitale mais qu'Israël a annexée. Les juifs y auraient plus de droits que les Palestiniens, ce qui reviendrait à un régime d'apartheid, disent-ils.

Après la rencontre Trump-Netanyahu, la présidence palestinienne a choisi le ton de la réserve. Elle a répété dans un communiqué son "attachement à la solution à deux Etats" et s'est dite "prête à interagir de manière positive avec l'administration Trump pour construire la paix".

"Ce que nous retenons, c'est que Trump dit qu'il veut la paix", a déclaré à l'AFP Hossam Zomlot, conseiller du président Mahmoud Abbas, s'en prenant à Israël mais pas à M. Trump.

Mais Jihad Harb, politologue palestinien, souligne les difficultés de la direction palestinienne à établir des canaux de communication avec l'administration Trump.

Mike Pompeo, le chef de la CIA, a rencontré le président Abbas mardi à Ramallah ainsi que son homologue Majed Farraj, a dit un responsable palestinien sous couvert de l'anonymat.

Mais MM. Trump et Abbas ne se sont jamais parlé depuis le 20 janvier. Affaiblie, divisée, la direction palestinienne n'a d'autre horizon qu'une confrontation diplomatique avec Israël, que les Etats-Unis pourraient lui faire payer cher, ou un soulèvement populaire aux conséquences imprévisibles, dit Jihad Harb. "Elle a peur d'entrer à ce stade dans un bras de fer qui pourrait être contre-productif", selon l'expert.

sy-lal/feb