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16/02/2017 06:18 EST | Actualisé 17/02/2018 00:12 EST

Stars des années 80, les euromissiles préparent peut-être leur retour

Les Etats-Unis et la Russie sont peut-être au bord d'une nouvelle course aux armements en Europe, sur le modèle de la crise des euromissiles qui avait secoué le Vieux continent dans les dernières années de l'Union soviétique.

Selon le New York Times, qui cite des sources américaines anonymes, la Russie a commencé à déployer sur son territoire des missiles de croisière à portée intermédiaire, susceptibles de frapper l'Europe de l'Ouest.

L'administration américaine n'a pas confirmé officiellement le déploiement, mais n'a cessé depuis plusieurs années de dénoncer le fait que Moscou cherche à se doter de tels engins.

Pour les Etats-Unis, il s'agit d'une violation flagrante d'un traité historique négocié par Ronald Reagan et Mikhail Gorbachev au début des années 80 qui avait banni ces missiles à portée intermédiaire des arsenaux américains et russes, et avait permis d'éliminer 2.700 d'entre eux.

L'Otan "se défendra si la Russie décide d'agir contrairement à la loi internationale", a prévenu mercredi à Bruxelles le secrétaire à la Défense américain James Mattis.

Le traité FNI (force nucléaires intermédiaires) signé en 1987 avait mis fin définitivement à la crise des euromissiles, une mini-course aux armements provoquée par le déploiement par l'Union soviétique de missiles nucléaires SS-20 visant les capitales de l'Europe de l'Ouest.

L'Otan avait répliqué par le déploiement de missiles nucléaires américains Pershing, provoquant des manifestations pacifistes monstre et des débats existentiels dans l'opinion publique européenne autour du slogan des pacifistes allemands, "plutôt rouges que morts".

Pour beaucoup d'experts et de responsables américains, la Russie de Vladimir Poutine est en train de refaire avec ses nouveaux missiles le même calcul que l'Union soviétique des années 70.

Les opinions européennes refuseront de voir les Etats-Unis déployer de nouveaux missiles en Europe pour rétablir l'équilibre, créant ainsi une cassure au sein de l'Otan.

Aux Etats-Unis, les faucons sont déjà sur le pied de guerre pour répondre au déploiement des missiles russes, n'hésitant pas à envisager le déploiement de nouvelles armes nucléaires en Europe.

"Je prends ces informations comme la preuve que les Etats-Unis doivent augmenter leurs forces nucléaires en Europe", a déclaré l'ultra-conservateur sénateur de l'Arkansas Tom Cotton.

Les Etats-Unis doivent "s'assurer que les forces de dissuasion nucléaire de l'Otan sont résilientes, bien entraînées et de plus en plus prêtes à contrer" les armes nucléaires russes, a indiqué de son côté le président de la commission des forces armées du Sénat, John McCain.

- 'La négociation pas productive' -

Même les experts en désarmement s'inquiètent des nouveaux missiles russes et pensent qu'il est nécessaire d'envisager le déploiement de nouveaux armements par l'Otan pour leur faire contrepoids.

"Nous devons faire tous les efforts pour résoudre le problème diplomatiquement, mais malheureusement, la négociation n'a pas semblé très productive avec la Russie", estime Jeffrey Lewis, spécialiste en désarmement et éditeur de "Armscontrolwonk", un blog qui fait référence en la matière.

Pour Jeffrey Lewis et d'autres experts, les Américains doivent continuer de maintenir le canal diplomatique ouvert avec Moscou, mais aussi simultanément déployer en Europe de nouveaux armements menaçants pour la Russie.

Le tout sans violer le traité FNI qui reste une pièce essentielle pour éviter une nouvelle, ruineuse et dangereuse course aux armements.

"Si le but est d'amener les Russes à éliminer" les missiles contestés, "il vaut mieux" ne pas remettre en cause le traité FNI, souligne Michael Krepon, un autre spécialiste en désarmement qui dirige à Washington le centre d'études Stimson.

Celui-ci prévoit en effet des clauses d'inspection sur le terrain ou dans les usines de production russes qui pourraient se révéler très utiles

Pour Jeffrey Lewis comme pour Michael Krepon, il est possible d'imaginer de nouveaux missiles conventionnels très rapides et précis qui pourraient être déployés sans violer le traité.

Le traité ne concerne pas par exemple les missiles tirés depuis des navires ou des avions, soulignent-ils.

L'administration américaine n'a pas décrit précisément le missile déployé par les Russes, mais selon Jeffrey Lewis, il pourrait s'agir d'une version terrestre du missile de croisière Kalibr déployé sur des bateaux russes, et que les Russes ont notamment utilisé pour frapper les rebelles en Syrie.

Ces missiles pourraient facilement être équipés de têtes nucléaires.

La Russie accuse également les Etats-Unis de violer le traité.

Elle estime que le système de défense anti-missiles déployé par les Américains en Pologne et en Roumanie notamment pourrait servir le cas échéant à lancer des missiles vers la Russie.

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