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16/02/2017 05:02 EST | Actualisé 17/02/2018 00:12 EST

Rajoy défend l'Europe face aux populistes

Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy encourage à lutter contre les populismes pour défendre l'Europe, la "meilleure région au monde", qu'il juge menacée d'implosion si ces mouvements l'emportent aux prochaines élections.

"Il y a beaucoup de populistes, d'extrémistes et de radicaux qui rejettent sur l'Europe la faute de tous leurs maux, réels et imaginaires", a déclaré M. Rajoy dans un entretien à l'AFP au Palais de la Moncloa, siège du gouvernement.

"Il faut les combattre et tout d'abord en disant la vérité: l'Europe est la meilleure région du monde en termes de démocratie, de liberté et de progrès économique et social", martèle-t-il.

"Nous avons en Europe un modèle d'Etat providence, de pensions, de santé publique et d'éducation qui n'existe dans aucun autre endroit au monde", souligne aussi M. Rajoy qui gouverne un des pays les plus europhiles de toute l'Union européenne.

Reconduit samedi à la tête de son Parti Populaire, ce conservateur arrivé au pouvoir fin 2011 en pleine récession est un des rares dirigeants européens à avoir surmonté la crise économique et l'émergence de nouveaux partis comme en Espagne la gauche radicale Podemos.

Alors que les partis europhobes comme le Front national en France et le nouveau président américain Donald Trump se sont réjouis de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, M. Rajoy rompt avec sa discrétion habituelle.

- Fin de l'Europe -

"Une victoire des populistes serait la fin de l'Europe et c'est la pire nouvelle que nous puissions recevoir".

Sans les nommer, il critique "ceux qui parlent d'organiser des référendums pour sortir leur pays de l'UE, qui dénoncent les décisions prises dans la lutte contre l'immigration clandestine et la politique d'accueil des réfugiés".

Geert Wilders et Marine Le Pen, en tête dans les sondages aux Pays-Bas et en France pour les prochaines élections qui se tiendront dans ces pays, ont promis d'organiser de tels référendums en cas de victoire.

"Il est évident que je ne suis pas d'accord avec ce que dit Marine Le Pen", ajoute sobrement M. Rajoy. Il avait estimé en janvier que sa victoire aux présidentielles en France serait "une catastrophe".

Mariano Rajoy estime que le Brexit pourrait être l'occasion pour l'Union de resserrer les rangs et d'avancer vers plus d'intégration. Il se dit "partisan d'une union fiscale et d'un marché unique de l'énergie, d'un marché unique du numérique".

Pour lui, "ce serait totalement absurde que le Brexit provoque des divisions entre les pays membres", comme le redoute le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, qui a exprimé la crainte les Britanniques réussissent à diviser les 27 dans les négociations sur la sortie de l'UE.

"Sincèrement, je n'y crois pas", ajoute-t-il. "Pour nous le négociateur de l'Union européenne est Michel Barnier (...) nous allons le soutenir".

Le dirigeant espagnol, qui se garde de critiquer Donald Trump, se montre apaisant sur les relations entre Washington et les Européens. "J'espère que les choses vont rentrer dans l'ordre".

- Dépenses militaires -

Mais il ne montre pas d'empressement à satisfaire les Etats-Unis qui ont sommé leurs alliés de l'Otan d'augmenter les dépenses militaires.

L'Espagne consacre moins d'1% de son PIB à la défense mais s'est engagée comme tous les membres de l'Alliance atlantique à atteindre le seuil de 2% d'ici 2024.

"Nous allons augmenter peu à peu nos dépenses militaires mais quand les circonstances nous le permettront", explique M. Rajoy. "Il est difficile de tout faire à la fois".

Il rappelle que l'Espagne est sortie en 2014 d'une récession dévastatrice, qu'elle a ramené son déficit public de 11% à 4,6% en 2016 et vise 3,1% pour 2017, comme elle s'y est engagée envers la Commission européenne.

Le chef du gouvernement reconnait que Madrid pourrait ne pas atteindre cet objectif de 3,1%, la Commission prévoyant elle 3,5%.

"L'Espagne entend tenir ses engagements. Mais elle connait une croissance de 3,2%, le double de celle de l'UE. Plus de 500.000 emplois ont été créés l'année dernière. Je ne crois pas que nous soyons un problème (...) Alors si nous dépassons d'un dixième de point ou deux ! Mais bon j'essaierai de l'éviter..."

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