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15/02/2017 10:52 EST | Actualisé 15/02/2017 10:53 EST

Sylvain L'Espérance poursuit son «Combat au bout de la nuit» à la Berlinale

En venant présenter à Berlin, dans la section Panorama, son Combat au bout de la nuit, qui se penche durant 4h45 sur la situation de la Grèce après sept années de crise économique et sociale, le réalisateur québécois a déjà remporté une première victoire.

«La destinée de mon film aurait pu être celle d'une invisibilité quasi générale à cause de sa durée. Mais Berlin vient de changer la donne, c'est une évidence», a confié Sylvain L'Espérance en entrevue avec le Huffington Post Québec. «Les retours dans la presse ont été très positifs. Voir mon film à Berlin est aussi un geste politique, l'Allemage n'étant pas étrangère à la crise grecque. La Berlinale a toujours été un festival très à gauche qui cherche à secouer les choses.»

Prise de parole

Mais le combat est loin d'être fini pour le réalisateur qui se bat, depuis 25 ans qu'il fait des films, pour que le documentaire soit perçu comme du cinéma à part entière. Quand il évoque la tragédie grecque, en dressant le portrait de ces femmes de ménage et de ces employés de chantiers navals durement frappés par la crise, ou de ces migrants venus s'échouer aux portes de l'Europe, Sylvain L'Espérance ne fait pas du reportage.

«J'expliquais encore hier à une journaliste que mon travail était radicalement différent de celui des médias dans mon approche. Je ne fais pas des entrevues des gens que je rencontre. Je leur offre plutôt une prise de parole. La fonction première du cinéma documentaire, ce n'est pas de répondre à des questions, mais au contraire, d'ouvrir un questionnement. Dans le film, il n'y a jamais une volonté d'expliquer la réalité grecque. Les seules voix off qu'il y a, ce sont des poèmes.»

Sylvain L'Espérance insiste sur le travail effectué sur la forme, trop souvent délaissé au profit du fond dans le documentaire. Un effort plutôt louable, surtout pour un film d'une telle durée. «On n'est pas 4h45 dans une sorte de huis clos. Le film est toujours en mouvement. Il y a des moments assez contemplatifs et d'autres avec plus de violences et de confrontations. La façon dont le film est monté permet d'interpeller constamment le spectacteur, et d'éviter l'ennui.»

Animaux de laboratoire

Dans le cas de Combat au bout de la nuit, ce travail sur l'image peut aussi être vu comme une façon de redonner une forme de dignité aux réfugiés et aux chômeurs qui se sentent traités comme «moins que des animaux», comme en témoigne l'un deux dans le film. «Beaucoup de médias sont venus filmer la crise. Les Grecs avaient le sentiment de servir un peu d'«animaux de laboratoire» pour voir comment la crise les affectait. Ils en avaient vraiment ras-le-bol. Quand ils m'ont vu arriver avec ma caméra, ils avaient une réaction de méfiance. Ils me disaient, 't'es le centième à passer par ici'. J'ai dû gagner leur confiance en leur expliquant mon travail, et en leur offrant un espace de liberté pour prendre la parole.»

Grâce à l'exposition offerte par la Berlinale, le réalisateur peut maintenant espérer un beau parcours pour son Combat au bout de la nuit sur la scène internationale. «Pour un film comme celui-là, ce qui s'annonce est plutôt bien», a-t-il confié, en faisant le rapprochement avec le documentaire du cinéaste franco-irakien Abbas Fahdel, Homeland: Irak année zéro, «un film improbable de 5h30 qui pourtant a fait le tour du monde.» Sylvain L'Espérance a indiqué travailler actuellement pour pouvoir trouver des distributeurs en France, un pays où Homeland: Irak année zéro, sorti en 2015, a connu un beau succès commercial.

En attendant, on pourra retrouver Combat au bout de la nuit dès le 10 mars à la Cinémathèque québécoise, où le film avait déjà été présenté en novembre à l'occasion des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM), puis au Cinéma du Parc, à partir du 31 mars, dans le cadre du Festival du Film Grec de Montréal.

Les frais de ce voyage ont été payés par Téléfilm Canada.

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