DIVERTISSEMENT
10/02/2017 03:11 EST

Mado Lamotte fête ses 30 ans (de carrière)

Courtoisie

Avouez qu’elle n’a pas pris une ride, depuis le temps qu’on la connaît, la Mado Lamotte. Et pourtant, elle célèbre en 2017 ses 30 ans de métier, plus alerte et occupée que jamais. Joli prétexte pour effectuer un petit retour en arrière avec Luc Provost, l’homme qui se cache sous les perruques et chapeaux de la drag queenla plus connue et flamboyante du Québec.

«Le 24 juillet, ça va faire 30 ans que j’ai embarqué sur une scène pour la première fois», résume Provost, qui est aussi timide que sa Mado peut être excentrique. «Et, au mois de mai, ce sera le 15e anniversaire du Cabaret Mado…»

Les deux événements seront bien sûr soulignés avec le faste propre à l’univers de Mado dans les prochains mois, entre autres au cours d’un bien-cuit dans la mythique salle de la rue Ste-Catherine, au cœur du Village gai, et d’un énorme spectacle en plein air qui aura lieu le samedi soir, pendant le festival Fierté Montréal. Mado est également invitée dans les gay prides (marches des fiertés) un peu partout au Québec et ailleurs, à Caraquet comme à Banff, et elle est présentement en négociations avec Juste pour rire en vue de la tenue d’une quatrième édition de son happening Mado’s Got Talent, qui rassemble chaque année de 10 000 à 15 000 personnes sur la Place des Festivals,  tous âges confondus.

«Ce qui a changé dans les dernières années, c’est que Mado est demandée ailleurs qu’à Montréal, explique Luc Provost. Ça fait déjà 15 ans que je fais des spectacles à Paris. Et, après Paris, c’est Dolbeau, Sherbrooke et Shawinigan (rires). Maintenant, ce n’est plus juste limité aux bars de Montréal. Il y a plein d’endroits qui font des soirées spéciales et qui demandent Mado et sa gang de drag queens

Comme du théâtre

Elle n’est pourtant pas si lointaine, l’époque des années 80, où Mado était perçue comme «une curiosité», «une marginale», «une originale», bref, une «bibitte» drôle ou fofolle. Luc Provost l’admet bien humblement, il se surprend lui-même d’avoir duré dans le métier aussi longtemps. Lui qui se destinait d’abord à une carrière en théâtre croyait faire vivre Mado trois ou quatre ans, jusqu’à ce qu’il réalise qu’incarner cette alter ego était du théâtre en soi.

«Je joue un personnage depuis 30 ans, je le fais évoluer de différentes façons, c’est comme une pièce de théâtre que je joue constamment, avec de nouveaux textes.»

À ses débuts, c’était alors une période charnière pour les établissements jadis considérés trashs.

«C’a tellement évolué. J’ai commencé à travailler dans les petits bars du Plateau Mont-Royal, où il n’y avait pas de définitions de gais ou de straights. N’importe qui allait là, tout le monde était bienvenue. Aujourd’hui, je suis dans le Village gai, mais ma clientèle n’est pas gaie du tout. C’est ce qui a le plus changé. Le mardi, on a environ 75% de garçons gais et 25% de leurs copines, mais le samedi, c’est hétéro power, à 90%! Ce n’est pas comme au début de ma carrière, quand je me produisais juste dans les bars trashs, dans des prestations de 10 ou 15 minutes ; maintenant, les gens viennent dans mon bar.»

Son «chez-elle», Mado l’a mis sur pied lorsqu’elle a commencé à sentir qu’elle avait fait le tour de ses possibilités. L’ouverture du Cabaret Mado lui a donné le second souffle qui lui fallait  pour véritablement propulser son petit monde hors des circuits underground montréalais et ouvrir ses horizons.

«Avant le Cabaret, je commençais à trouver ça redondant. Je n’aime pas trop la routine, et ça devenait répétitif. C’était toujours les mêmes shows, les mêmes personnes dans les bars à 3h du matin, saoules, qui ne m’écoutaient pas à moitié. Je n’avais plus l’impression d’avoir de fun. C’est quand j’ai ouvert le Cabaret que j’ai commencé à donner des shows à Paris, à faire des tournées, à voir d’autres publics, des gens qui m’applaudissaient pour mon art, et non parce que j’étais weird. C’est devenu le fun

«Les médias m’ont aidé beaucoup, continue Luc Provost. En diffusant ce que je faisais, en parlant beaucoup de Mado, en m’invitant dans des talk-shows. Pouvoir faire des spectacles ailleurs que dans les bars, c’a aidé énormément. On dit que la télé fait connaître quelqu’un en cinq minutes, et c’est vrai. Dès que je suis apparu dans quelques émissions, je ne passais plus inaperçu! C’était nouveau, pour le grand public. Maintenant, je reçois des demandes de gens de partout, qui veulent que Mado aille dans leur région.»

Par contre, les décideurs du petit écran, eux, demeurent frileux à l’idée de confier une tribune à Mado, en raison de son ton souvent corrosif. Les concepts proposés par Luc Provost sont généralement refusés, de crainte que monsieur et madame tout le monde ne s’y reconnaisse pas.

«J’ai le goût de leur dire que ce sont les mêmes «petites madames» qui écoutent la télé et qui viennent dans mon bar, glisse Luc Provost. Mon public est trèsstraight, au Cabaret Mado. Grâce au Cabaret, j’ai réussi justement à changer mon discours, ma façon de raconter mes jokes. Ce n’est pas pour les enfants… mais en même temps, oui. Je ne suis pas très vulgaire. On rit plus de bon cœur que gêné.»

Gentilles bitcheries

Pourtant aux premières loges pour observer les changements de mentalités, Luc Provost n’en revient pas de la place qu’occupent désormais les drag queens dans la culture populaire. Il cite en exemple l’Américaine RuPaul et son émission RuPaul’s Drag Race, dont les tournées à travers la planète génèrent un engouement monstre. Certaines des têtes d’affiche de la téléréalité sont d’ailleurs passées à Montréal l’an dernier.

«Elles étaient une dizaine et il y avait des lines up pour des autographes et des photos, siffle Luc Provost. Moi, j’animais le spectacle et j’étais le moins populaire de la gang, même si c’est moi la drag queen locale! Les jeunes voulaient voir leurs stars, leurs Lady Gaga, leurs Katy Perry à eux. Et ce n’était pas juste des gais, au contraire, il y avait beaucoup de filles…»

Ce genre d’observation a de quoi rassurer, alors qu’un certain président américain impose des décrets au gré de ses humeurs, faisant ainsi craindre le pire pour l’avenir.

«Les États-Unis ont plusieurs niveaux d’acceptation, remarque Luc Provost Il y a le grand public, la gang à Donald Trump, les jeunes flyés… Comme on a un peu ici, mais nous, c’est plus petit. Après les événements de Québec, on ne peut pas dire qu’on est une société parfaite, mais on est loin de certains autres endroits. C’est bizarre, parce que je remarque qu’aux États-Unis, ils acceptent des choses qu’on n’est même pas rendus, ici, à intégrer dans notre société. Et, au contraire, ils vont régresser à d’autres niveaux. Pour les quatre prochaines années, on sait qu’on va en entendre parler en mal surtout, mais moi, quand je vais aux États-Unis, je vois beaucoup d’ouverture d’esprit. Quand j’ai vécu à San Francisco, ça allait bien plus vite qu’à Montréal, l’ouverture d’esprit. Mais ce sont des endroits isolés. Ici, on peut dire que Montréal est plus ouvert que Québec, peut-être, mais on est des petites sociétés. C’est dur de comparer.»

À l’heure où l’humour subversif des Mike Ward et Guillaume Wagner provoque des débats médiatiques presque sans fin, les douces taquineries de Mado et son vif sens de la répartie paraissent plutôt inoffensifs. Même s’il a le commentaire baveux facile, Provost affirme ne s’être jamais fait intenter de poursuite.

«On ne me considère plus comme un personnage vulgaire, indique-t-il. C’est bitch, c’est irrévérencieux, mais ce n’est pas méchant. Mado ne s’acharne pas sur les vedettes, elle aime tout le monde. Elle dit toujours : «Je bitche ceux que j’aime». Ce à quoi je réponds : «C’est ça, j’aime tout le monde!» L’humour de Mado, c’est comme une gang de filles ou de gais qui font des blagues entre eux.»

Le One Mado Show de retour

Figurent aussi dans les projets à court terme de Mado Lamotte, ce retour du One Mado Show, le spectacle d’humour et variétés solo qui l’a sortie de son Cabaret pour l’amener sur d’autres planches, pour la première fois en 2014 et que celle-ci a présenté sporadiquement en région depuis, notamment à Québec.

C’est d’ailleurs le One Mado Show qui a définitivement fermé le Cabaret du Capitole, au printemps 2015. Des représentations sont pour l’instant prévues au Théâtre Ste-Catherine, à Montréal, le mercredi 22 février et le jeudi 2 mars, et à Richmond, au Centre d’art, le samedi 11 février.

Luc Provost ne cache pas avoir apprivoisé d’autres facettes de son métier avec le One Mado Show.

«J’ai fait le contraire de ce que font les humoristes : eux testent leur show en région, et moi je l’ai testé à Montréal, fait-il valoir. C’est quasiment plus simple, parce que mon genre d’humour n’est pas très «région». Quand je sors, j’adapte beaucoup, parce qu’on n’a pas tous les mêmes références. Quand tu arrives à Québec, le Complexe Desjardins, ils ne connaissent pas nécessairement ça…(rires)»

«J’ai aussi réalisé que je stressais beaucoup pour rien. Au début, je ne voulais pas changer Mado, mais j’ai réalisé que je me prenais pour un humoriste. Il manquait de spontanéité. J’ai donc appris à garder le côté d’improvisation, la force de Mado. Parce que c’est la première fois que j’avais un texte. J’ai dû m’exercer à respirer, à prendre les rires et à enchaîner après».

À 30 ans (de métier), Luc Provost et Mado continuent donc d’apprendre. Et de s’amuser, surtout.

«Il n’y a pas de retraite à l’horizon pour Mado, en tout cas. Ca ne lui tente pas, elle aime ça. Moi, tant que j’ai du fun avec Mado, je ne vois pas pourquoi j’arrêterais. Il y a tellement de gens qui s’ennuient dans leur job, et qui persistent parce qu’ils veulent leur pension… Moi, je ne me verrais pas chez nous à ne rien faire, de toute façon. Mado me fait encore rire, elle me fait faire des choses que je n’aurais pas cru possibles. Si on m’avait dit que je ferais un one man show un jour, ça m’aurait tenté, mais je n’aurais pas été certain. Et finalement, c’est là», s’émerveille Luc Provost, en fait de conclusion.

Toutes les activités et dates d’événements de Mado Lamotte sont répertoriés sur son site web

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