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09/02/2017 10:39 EST | Actualisé 09/02/2017 10:39 EST

Robert Charlebois n'a pas dit son dernier mot

Paméla Lajeunesse

À 72 ans et après 50 ans de carrière, Robert Charlebois n’a rien perdu de sa fougue sur scène. Il demeure un redoutable performeur et s'amuse à aller et venir parmi son impressionnante discographie, au grand plaisir de son public. Son secret pour continuer à offrir des concerts de qualité : s'entourer de jeunes musiciens. « Il y a déjà un groupe de vieux et on les appelle les Rolling Stones », lance-t-il.

Après avoir largement profité de l’époque du disque vinyle, des cassettes et des CD, le chanteur, comme la plupart des musiciens, ne peut plus compter sur les ventes de ses albums et de ses chansons pour vivre de sa musique.

« La scène, c'est là que ça se passe vraiment. Le disque est actuellement une zone sinistrée. Si la chanson est belle, il faut trouver une façon qu'elle se rende au public, qui continue d'aimer les chansons. »

- ROBERT CHARLEBOIS

Robert Charlebois n'a rien contre la dématérialisation de la musique, qui permet de sauter à pieds joints dans le 21e siècle. Une question toutefois demeure : comment rémunérer adéquatement ceux qui travaillent dans le domaine?

Les artistes doivent-ils vendre leurs chansons pour que celles-ci soient utilisées à des fins publicitaires, comme Charlebois l'a fait pour California, dont 15 secondes ont été reprises par Apple pour la publicité de l'iPhone? « Ce n'est pas moi qui y ai pensé, mais j'ai reçu un beau petit cadeau », souligne-t-il.

« Pour les jeunes qui commencent, c'est angoissant. Puis, il y a beaucoup d'artistes qui n'ont aucun sens des affaires, qui s'imaginent que ça va durer toute leur vie. [...] J'ai été très, très cigale toute ma vie. On pense que ça va durer toujours, on invite tout le monde au restaurant. Il y en a beaucoup qui se retrouvent mal pris. »

- ROBERT CHARLEBOIS

Traverser le temps

Charlebois a signé plus de 400 chansons en carrière, avec une constante volonté de se renouveler et d’aborder de nouveaux thèmes pour maintenir l’intérêt de ses admirateurs.

S'il avait un conseil à donner à un ou une jeune artiste, il lui recommanderait de trouver son propre son, sa propre couleur.

« Moi, je n'étais pas le nouveau Félix ou le nouveau Vigneault, j'étais moi. Quand il y a des téléréalités, on cherche le nouveau Daniel Boucher ou la nouvelle Isabelle Boulay. On leur demande de ne pas trop sortir du moule. »

- ROBERT CHARLEBOIS

Des chansons qui durent

Robert Charlebois écrit encore, parle de tout, ou presque, évitant de répéter ce qu'on lit dans les grands médias.

Il cite la chanson de Queen We Are The Champions, qui ne vieillit pas et qui est régulièrement utilisée lors d'événements sportifs, notamment.

« Ils n’ont pas dû se dire : “Qu’est-ce que les sportifs ont envie d’entendre? Ils ont dû se dire : “On va faire celle-là, car nous autres, on est des champions”. »

- ROBERT CHARLEBOIS

La chanson Lindberg est un exemple flagrant pour illustrer ses propos. Toutes les compagnies d'aviation qui y sont citées ont fait faillite, y compris Pan American, l'un des plus importants transporteurs de l'époque. « Je ne vais pas me mettre à changer des noms de compagnie », rigole-t-il.

Preuve de la richesse du répertoire de Charlebois, Céline Dion est récemment venue piger dans le riche répertoire de Charlebois, en reprenant Ordinaire, dont le texte a été retravaillé par la parolière Mouffe.

« Bravo Mouffe, car c’est quelque chose de féminiser une chanson et de la “céliniser” aussi. Céline ne fume pas et prend un demi-verre de champagne à Noël. C’est une athlète, ce que je ne suis pas. »

- ROBERT CHARLEBOIS

Enchanté par l’interprétation de Céline Dion d’Ordinaire, Charlebois explique que c’est d’abord et avant tout l’idée de la star de Charlemagne de reprendre cette chanson.

« Céline n'écoute personne depuis que René est mort, mais quand on dit personne, même pas Aldo Giampaolo (président de Productions Feeling). Et René aimait [la chanson Ordinaire]. Il me disait : "Tu devrais en faire plus, des chansons comme ça". »

- ROBERT CHARLEBOIS

La chanteuse québécoise n'a pas pour l'instant demandé d'autres chansons à Robert Charlebois, mais il la verrait bien reprendre Je reviendrai à Montréal ou même la chanter en anglais.

Entre deux joints...

La question de la légalisation de la marijuana fait fréquemment les manchettes depuis l'élection de Justin Trudeau. Déjà dans les années 70, Robert Charlebois défendait cette approche. Il demeure convaincu de la nécessité de légaliser ce produit.

« J'en parlais beaucoup avec le papa de Justin dans les années 70. Je disais : "M. Trudeau, vous ne pourrez jamais arrêter ça [la consommation de marijuana]", et j'avais raison, ça n'a jamais arrêté. »

- ROBERT CHARLEBOIS

Il souligne toutefois que la consommation de drogues a des conséquences. D'ailleurs, son dernier joint remonte à plus de 25 ans, explique-t-il.

« L'idéal, c'est le vrai bonheur. Avec le vrai bonheur, pas besoin d'alcool, pas besoin de pot. Le pot va "fucker" tes poumons et tes cordes vocales, et l'alcool va fucker ton foie. »

- ROBERT CHARLEBOIS

Pour lui, la logique est d'autoriser les deux ou alors de les interdire. « C'est une façon de contrôler [le pot] est de le légaliser », ajoute le chanteur.

La liberté de parole

Robert Charlebois a connu Justin Trudeau quand celui-ci avait 4 ans, mais cette relation privilégiée de l’artiste avec la famille Trudeau ne l’empêchera pas de critiquer une décision du premier ministre qui pourrait lui déplaire.

« Ça a donné un coup de jeune [au système politique]. Il faut garder notre indignation pour quand il fera une vraie gaffe, et [à ce moment-là], je vais l’appeler. Tant qu’il continue à faire des belles choses... »

- ROBERT CHARLEBOIS

Il n'a jamais eu peur de s'exprimer, sauf peut-être lors de son passage dans le monde brassicole, à titre de vice-président d'Unibroue. Une centaine d'employés dépendaient de lui, et il ne pouvait se permettre de déplaire à ses partenaires d'affaires.

« Il fallait que je fasse attention à tout. Maintenant, non. Je suis complètement libre et j’aime les gaffes. Quand les politiciens en font, ça fait avancer les choses. »

- ROBERT CHARLEBOIS

À la suite de la mort de Pierre Elliott Trudeau, Charlebois, alors à Unibroue, s'était abstenu d'assister à son hommage, craignant être reconnu par Fidel Castro, présent. Rappelons qu'en 1976, Charlebois avait enregistré un clip de sa chanson Mon ami Fidel à La Havane, sur la place de la Révolution, et avait rencontré l'ancien dirigeant cubain à cette occasion.

« Je me suis dit : "Il va me sauter dans les bras". J'avais le choix de faire des affaires à Cuba ou aux États-Unis. »

- ROBERT CHARLEBOIS

Fin de carrière

Charlebois pense-t-il un jour prendre sa retraite de l'industrie de la musique? Oui, répond-il, mais seulement quand son niveau d'énergie déclinera.

« J’ai toujours dit : “Le jour où je perds mes cheveux, j’arrête.” En fait, il ne faut jamais dire “j’arrête”. »

- ROBERT CHARLEBOIS

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