DIVERTISSEMENT
09/02/2017 01:25 EST | Actualisé 09/02/2017 01:26 EST

Bianca Gervais à fleur de peau (ENTREVUE)

John Londono

L’interprétation sensible de Bianca Gervais avait été saluée lors de la première saison de Ruptures, grâce à son rôle de maman toxicomane violentée physiquement, sexuellement et mentalement. En janvier dernier, les téléspectateurs ont à nouveau été soufflés de découvrir les zones d’ombres où navigue la comédienne dans la deuxième saison de la télésérie, ainsi que dans certains passages bouleversants de l’émission Format Familial.

Quelle scène a été le plus grand défi de tournage dans Ruptures?

Il faut savoir qu’entre ce qu’on reçoit à l’écran et comment on tourne, c’est très différent. La mort de Romane (NDLR: elle se fait fracasser la tête par son ex) en a choqué plusieurs. C’était violent et ça arrivait comme un cheveu sur la soupe. Mais en tournant, on n’était pas chargé de cette émotion violente. Ça ressemblait à une chorégraphie: je savais comment Sébastien Huberdeau allait prendre ma tête, combien de mouvements on ferait, etc.

Pour moi, la scène la plus difficile était celle où Romane perd la garde de son enfant, lorsque son garçon choisit son père. Elle pleure, elle dit qu’elle est une mère de marde, qu’elle ne voulait pas son enfant et qu’il a raison de ne pas la choisir… Quand un enfant ne te choisit pas, ça doit être un des plus grands deuils qui soit. C’était très dur à jouer.

À quel point tes partenaires de jeu changent ta façon de vivre ces moments chargés?

Leur attitude est cruciale! Mélissa Désormeaux-Poulin a le rôle principal, mais elle te fait sentir comme si tu étais numéro un. Elle te donne de la place et elle est hyper généreuse. Et en ce qui concerne une scène comme celle du viol, c’était beaucoup plus simple de la tourner avec un ami, Sébastien, que j’ai connu quand j’étais gamine. On plaçait tout, il me demandait s’il me faisait mal, je lui disais parfois d’y aller plus fort. À la fin, on s’est fait un high five et on s’est serré dans nos bras. Ça n’aurait sans doute pas été si bien avec un acteur que je ne connaissais pas.

Comment t’y prends-tu pour traverser ces journées de tournage où tu joues une Romane en détresse, fatiguée, en larmes, apeurée ou en plein instinct de survie?

Je suis vraiment contente que tu aies senti tout ça dans mon jeu! Honnêtement, je savais que je pouvais porter ce personnage et aller dans ces zones-là. Aujourd’hui, j’ai 32 ans, mais j’ai commencé le métier à 9 ans. Déjà, à 15 ans, je jouais une psychotique dans Fortier. J’ai aussi joué une prostituée droguée dans Caserne 24. Mais je sais que dans la vie, ma personnalité dégage quelque chose de pétillant. Et peut-être que ça efface le fait que je suis une actrice pouvant aller dans les ombres.

Dans L’Échappée, tu joues une policière au tempérament plus sobre. Comment l’as-tu perçue au départ?

Sur papier, je la trouvais intimidante. Moi, je suis une émotive et une aérienne. Elle, c’est une rationnelle groundée. Pour la jouer, j’ai décidé de ne pas faire de sparages, parce que quand on est fort, on n’a pas besoin de le prouver à tout le monde. C’est une force qu’on porte en nous. Et en plus, son équipement influence mon attitude. La ceinture, qui fait mal dans le bas des reins en fin de journée, change ma démarche. Le tissu de son uniforme, qui ne respire pas et qui est rigide, transforme ma gestuelle. Ce personnage-là, c’est un cadeau pour moi. Je pense que si on m’avait demandé à qui je pensais pour jouer un tel rôle, je ne me serais même pas nommée. Alors, ça donne confiance de constater qu’on voit des choses en moi que je ne verrais pas de prime abord.

Dans Format Familial, tu as participé à une portion très émotive : celle où des parents et leurs enfants de se dire pourquoi ils s’aiment. Comme tu animes l’émission, pourquoi avoir participé à cette section?

Ce sont toujours les autres qui se mouillent : les familles en entrevue, les artistes dans les montées de lait, les professionnels qui répondent aux questions, etc. Sébastien et moi, on trouvait ça intéressant de se mouiller une fois pour le spécial de Noël. On avait envie de vivre ce trip. Au début, mon père était réticent. Et moi, je ne voulais pas qu’on pense que je voulais me mettre de l’avant. Mais finalement, je crois qu’on va s’en souvenir toute la vie. Quand tu regardes ton père dans les yeux, le temps s’arrête et c’est super émouvant.

Tes rencontres avec les familles donnent aussi lieu à des moments très touchants. Laquelle t’a le plus marquée?

Celle sur la famille qui gère un salon funéraire. Le monsieur m’a dit qu’à chaque fois qu’un parent décède, la première chose que les enfants lui disent, c’est que le défunt n’a pas réalisé tous ses rêves. Ça m’a vraiment confrontée. Moi, j’ai toujours été gênée d’avoir peu de scolarité, puisque j’ai été actrice très tôt et que je n’ai pas terminé mon cégep. Je pensais souvent à aller me chercher du bagage académique, mais je ne le faisais pas. Eh bien, je me suis inscrite à des cours en production télévisuelle à l’INIS. À Format Familial, Sébastien et moi, on est producteurs au contenu, et il s’occupe de la réalisation, du montage et de la musique. Mais la gestion financière d’une production, c’est un nouveau langage pour moi. Je veux l’apprendre. On veut mener nos projets de A à Z.

Vous avez récemment fondé la boîte Fait Maison Productions. Qu’allez-vous développer?

Au début, on avait des beaux rêves de produits dérivés, mais en analysant la réalité financière, on a réalisé qu’on avait trop des idées de grandeur. On ne sera pas les Ricardo des produits pour la famille! Mais on veut que Format Familial devienne une marque, que ce soit avec une application mobile ou un bouquin. Il y a plein de bébés possibles. La parentalité est un monde très large. Il y a toujours quelque chose à dire.

Avec notre boîte de production, on veut aussi créer des projets qui s’éloignent du sensationnalisme et du consommé, jeté. On veut trouver l’équilibre entre le propos, nos valeurs et un certain emballage visuel, que ce soit dans le documentaire, la fiction web ou un magazine. Et nos idées n’impliquent pas que nous deux à l’écran ou nous deux ensemble.

 

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