POLITIQUE
08/02/2017 08:49 EST | Actualisé 08/02/2017 08:49 EST

L'anglais, la langue des partis fédéraux sur les réseaux sociaux

Radio-Canada

Radio-Canada a analysé les publications sur Facebook et Twitter des quatre principaux partis politiques fédéraux, de septembre 2015 à décembre 2016. Résultat : exception faite des libéraux, la majorité des partis emploient principalement l'anglais dans leurs publications sur les réseaux sociaux.

Une collaboration d’André Dalencour et de Roberto Rocha

Contrairement aux institutions fédérales, les partis politiques ne sont pas tenus de respecter la Loi sur les langues officielles.

Cela étant dit, tous communiquent en français et en anglais sur les réseaux sociaux, chaque fois avec la même approche : un compte Twitter en français et un autre anglais, puis une page Facebook bilingue.

Il est frappant de constater que sur Twitter, le nombre d’abonnés francophones des différents partis est près de 30 fois inférieur à celui des comptes en anglais, ce qui est bien loin de refléter la proportion d’anglophones et de francophones au pays. En fait de volume, les publications varient aussi énormément d’une formation à l’autre.

Ainsi, le Parti vert du Canada - l’organisation ayant le poids politique le plus faible si l’on tient compte de la représentation au Parlement - a été le plus actif à la fois sur Facebook et sur Twitter pendant la période analysée.

Par contre, il s’agit du plus mauvais élève pour ce qui est de la présence du français dans ses publications, peu importe la plateforme.

Si les libéraux et les conservateurs sont pratiquement nez à nez quant au nombre de publications, ce n’est plus du tout le cas pour ce qui est de la langue employée. Le parti de Justin Trudeau est le seul à se rapprocher d’une parité linguistique, même s’il donne un léger avantage à l’anglais.

Quant aux néo-démocrates, ils sont les moins actifs, mais ils ont eux aussi privilégié la langue de Shakespeare.

Mots-clics : deux solitudes

On fait souvent référence à l’expression « deux solitudes » pour évoquer les différences culturelles entre le Canada français et le Canada anglais. Il semble que ce concept peut aussi s’appliquer à la scène politique fédérale 2.0.

Sur les réseaux sociaux, les mots-clics servent à indexer des sujets ou des noms, afin de faciliter les regroupements par catégories et la recherche thématique pour les usagers, mais aussi d’inciter les internautes à communiquer sur ces sujets.

Afin de faire ressortir le contenu politique des publications, nous avons sélectionné des enjeux liés à l’actualité des derniers mois, puis nous avons analysé les mots-clics correspondants dans les messages.

En regardant ceux qui sont les plus utilisés par les partis sur Facebook et Twitter, des différences notables apparaissent dans les messages mis de l’avant selon la langue.

« On peut parler de deux réalités qui sont différentes effectivement », confirme le stratège en communication et fondateur de l’agence de relations publiques Tesla RP, Louis Aucoin. « Il ne faut pas oublier que ce sont des humains derrière les médias sociaux. Donc, ça peut représenter aussi que les partis n’ont pas les mêmes équipes de stratégies et d’utilisation des médias sociaux. [...] Ce sont des choix éditoriaux qu’ils font. »

En anglais, les libéraux insistent plus sur l’emploi, les Premières Nations et les réfugiés, tandis qu'en français ce sont les thèmes de la santé, de l’emploi et du budget qui ont surtout la cote.

Peu importe la langue, les conservateurs visent particulièrement la gestion des finances publiques, le budget libéral et l’emploi. Mais leurs messages destinés aux francophones portent aussi une attention à la dette.

En anglais comme en français, les néo-démocrates insistent sur des valeurs progressistes et l’emploi. Par contre, quand ils s’adressent aux francophones, la thématique autochtone est moins présente.

Les mots-clics employés dans les messages des verts, eux, sont majoritairement en anglais. Ils reflètent bien entendu un intérêt pour l’environnement, l’économie et l’emploi.

Trudeau, la cible préférée des conservateurs

La recette des conservateurs est simple : ils mentionnent plus souvent Justin Trudeau dans leurs communications sur Twitter que les libéraux.

Le premier ministre canadien est même davantage cité dans leurs messages (53 fois) que leur propre chef intérimaire, Rona Ambrose (51 fois). C’est en fait la seule organisation à agir de la sorte; les libéraux (136 fois), les verts (282 fois) et les néo-démocrates (54 fois) mentionnant en premier lieu leur propre leader.

«[Les conservateurs] aiment beaucoup rire de [Justin Trudeau]. C’est une stratégie que les conservateurs ont prise et c’est le seul parti qui fait vraiment ça, qui décide de dénigrer son adversaire.» ― Louis Aucoin, stratège en communication à Tesla RP

« On a misé là-dessus chez les conservateurs, parce qu’on a fait le pari que la population ne ferait pas confiance à quelqu’un d’aussi jeune que Justin Trudeau, avec un passé… Vous savez, il a fait de la boxe, du théâtre », analyse Louis Aucoin. « Donc, ils se sont dit : “Il n’est pas prêt à gouverner et on est capable de convaincre les gens de ça, donc on va miser là-dessus”. Parce que ça a marché avec Stéphane Dion. »

Sans surprise, les gazouillis du Parti conservateur mentionnant Justin Trudeau (45 en anglais et 8 en français) sont pour la plupart des critiques par rapport aux dépenses, aux impôts et au déficit. Ils sont souvent accompagnés de liens menant à des pétitions demandant aux internautes de laisser leur nom et leur courriel s’ils appuient la proposition.

Quand on comptabilise les mots les plus utilisés par chaque parti sur Twitter et Facebook, cette tendance se maintient, toutes langues confondues.

En français, « Trudeau » est le quatrième mot le plus employé par les conservateurs (20 fois) et le troisième en anglais (176 fois). Dans la langue de Shakespeare, ils le citent même plus souvent que les libéraux eux-mêmes (69 fois).

Grâce à cette stratégie, les conservateurs sont les champions de Facebook en fait d’engagement sur la période analysée. Par contre sur Twitter, les libéraux ont une longueur d’avance en la matière, loin devant les néo-démocrates, qui ferment la marche.

Méthodologie

Les publications sur Facebook et Twitter ont été récoltées d’octobre 2015 à décembre 2016 grâce aux interfaces de programme d’application (IPA). La langue des messages sur Facebook a été détectée avec l’IPA du service de traduction de Google (Google Translate).

Parfois, les publications des partis politiques contiennent du texte dans les deux langues et Google ne détecte que l’une d’entre elles.

La proportion des messages en français et en anglais sur Facebook peut donc contenir quelques erreurs, mais dans l’ensemble, il s’agit d’une représentation fidèle à la réalité.