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06/02/2017 06:01 EST | Actualisé 06/02/2017 06:03 EST

Roumanie: le gouvernement ébranlé par la poursuite des manifestations

Le gouvernement roumain était sous pression lundi alors que des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour demander sa démission, au septième jour d'une mobilisation sans précédent contre une tentative d'assouplir la législation anticorruption.

Au lendemain de manifestations géantes ayant réuni un demi-million de personnes à travers la Roumanie, le Premier ministre social-démocrate (PSD) Sorin Grindeanu a appelé la population "au calme", assurant avoir "compris le message des manifestants".

Le retrait dimanche du décret controversé dépénalisant certaines infractions n'a toutefois pas suffi aux quelque 10 000 protestataires réunis à Bucarest devant le siège du gouvernement.

"Nous ne voulons pas passer nos nuits ici, mais nous ne pouvons plus faire confiance au gouvernement", a confié à l'AFP un manifestant de 35 ans, Marius. "Le PSD a remporté les élections et c'est à lui de gouverner, mais avec une autre équipe".

Pour Loredana, une étudiante de 24 ans, "qui a menti mentira et qui a volé volera. Conclusion: le gouvernement doit démissionner".

Des manifestations similaires étaient organisées dans d'autres grandes villes, mais la participation était nettement moins importante que la veille, alors que les températures clémentes des derniers jours ont laissé la place à un vent glacial.

Partager les mêmes craintes

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a salué l'abrogation du décret qui permettait à des responsables politiques d'échapper à des poursuites. "Je voudrais que la Roumanie se ressaisisse, je crois qu'elle est en train de se ressaisir", a-t-il estimé.

Le gouvernement n'a toutefois "aucune raison de démissionner", a martelé le chef du PSD, Liviu Dragnea.

Sur les réseaux sociaux, les appels à poursuivre la mobilisation, engagée après l'adoption en urgence du décret controversé le 2 février et devenue la plus importante depuis la chute du régime communiste fin 1989, ne faiblissent pas.

"Nous sommes des millions de Roumains à partager les mêmes craintes et le même souhait de ne pas laisser les hommes politiques corrompus accaparer la Roumanie!" a lancé le site #Resist.

M. Grindeanu avait défendu la semaine dernière l'adoption de cette révision du code pénal par décret, sans l'aval du Parlement. Mais il a laissé entendre lundi qu'il demanderait la démission du ministre de la Justice Florin Iordache pour avoir "mal communiqué" sur cette question.

Le décret abrogé réduisait sensiblement les peines encourues pour abus de pouvoir et introduisait un seuil minimum de préjudice de 200 000 lei (62230 $) pour entamer des poursuites dans la plupart des affaires de corruption. Il faisait craindre à ses détracteurs une régression de la lutte contre la corruption, qui s'est intensifiée ces dernières années en Roumanie.

Pour Bogdan, organisateur de spectacles de 38 ans, "le départ du ministre de la Justice serait un pas dans la bonne voie" mais insuffisant pour apaiser les protestataires. "Le gouvernement a voulu légaliser le vol, il doit maintenant démontrer qu'il est prêt à respecter au moins les normes morales".

La majorité fait bloc

L'analyste politique Cristian Tudor Popescu compare le gouvernement Grindeanu à un "voleur qui espère être pardonné s'il rend ce qu'il a volé". Or une telle attitude ne fera que maintenir les manifestants dans la rue, estime-t-il.

M. Grindeanu, 43 ans, a exclu de démissionner, assurant "avoir une responsabilité envers les Roumains" qui ont voté massivement pour les sociaux-démocrates aux législatives du 11 décembre.

Environ 2 000 sympathisants de cette formation se sont rassemblés pour le deuxième jour consécutif devant le palais présidentiel contre le chef de l'Etat de centre droit Klaus Iohannis, accusé avoir "fomenté" cette vague de protestation.

Ce dernier doit s'exprimer mardi devant le Parlement.

Malgré des critiques au sein du PSD et la démission la semaine dernière d'un ministre, la majorité de centre gauche fait bloc.

M. Dragnea, qui passe pour être le "Premier ministre de l'ombre", a durci le ton dimanche, estimant qu'il y avait un "plan pour renverser le gouvernement". Et de demander aux institutions de l'Etat de vérifier "qui finance" les manifestants.

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