DIVERTISSEMENT
06/02/2017 08:58 EST | Actualisé 06/02/2017 08:59 EST

Pierre Hébert, l'anti-cynisme

Martin Girard

Avant Noël, Pierre Hébert y allait d’un statut Facebook qui a généré une dizaine de milliers de «J’aime», d’innombrables réactions et plus de 1300 partages. Essentiellement, l’humoriste y lançait un appel au positivisme, au terme d’une année 2016 marquée par les actes de violence, les nombreux décès et la morosité ambiante, sur les réseaux sociaux et ailleurs.

Le message tout simple a touché une corde sensible et traduisait bien l’énergie complètement anti-cynique de son auteur qui, n’importe quel journaliste vous le dira, est toujours d’une bonne humeur contagieuse lorsqu’on le croise. Les différents projets auxquels Hébert a participé dans les dernières années (VRAK la vie, à VRAK, Gang de malades, à Z, Madame Lebrun, à Super Écran, Éric et les fantastiques, à Énergie) démontrent bien, aussi, que le rassembleur est à l’aise avec tout le monde, les adolescents autant que les personnes handicapées, et qu’il ne se prend absolument pas au sérieux.

«On est dans une ère où il y en a qui ne se prennent pas pour de la marde, avance Pierre Hébert d’un ton un peu moqueur. D’un bord, il y a le monde haineux, et de l’autre, les  gens qui pensent qu’ils savent tout. Moi je me dis : «Allons-y pour la simplicité!» Je parlais récemment avec un de mes amis, qui me disait qu’il était tanné des photos de chats… Comment tu peux être tanné des photos de chats?! Regarde-les pas, ce n’est pas grave, fais autre chose! Moi, je préfère les photos de chats et de gens en pyjama que les horreurs qu’on a vues aux bulletins d’informations dans les derniers jours. C’est peut-être mon côté plus naïf et positif…»

Autre démonstration de l’accessibilité et de la bonhommie de cet amoureux de Walt Disney : Pierre Hébert est porte-parole de Prof, ma fierté, une campagne de valorisation du métier d’enseignant(e) dans l’espace public. Sans but lucratif ou objectif de négociations, Prof, ma fierté tend simplement à inciter les parents à montrer leur reconnaissance aux professeurs de leurs chérubins.

«Ma femme est enseignante et j’ai grandi dans un monde d’enseignants, expose Pierre Hébert. J’ai des tantes et des oncles qui sont profs, des cousins qui le sont, une tante qui est directrice… j’ai toujours évolué dans le milieu scolaire, j’ai toujours vu ça.»

«Quand on m’a demandé d’être porte-parole pour Prof, ma fierté, j’ai tout de suite dit oui, parce que c’est important de valoriser cette profession-là. Les profs font un travail important et vital, au Québec. Ils ne font pas que changer des vies, ils sauvent des vies, partout, dans les écoles, chaque jour. Souvent, les parents voient les profs comme des employés, mais ce n’est pas vrai. Une fois par année, donner une tape sur l’épaule à nos profs, et leur dire qu’on apprécie ce qu’ils font, c’est la moindre des choses…»

Plonger ou pas

Joyeux, Pierre Hébert l’est finalement beaucoup lorsqu’il jase de son deuxième et nouveau spectacle, Le goût du risque, qui l’amène à Montréal, au Théâtre St-Denis, cette semaine, puis à Québec la semaine prochaine. Une proposition qu’il juge «mieux écrite, mieux tissée, moins globale et moins bâtie comme un best of de numéros» que sa première, qu’il avait présentée en tournée de 2010 à 2013.

Déjà, les commentaires devant Le goût du risque sont excellents, et Hébert se sent d’attaque pour la prochaine année, lui qui prévoit offrir de 14 à 17 représentations par mois, et qui deviendra de surcroît papa pour la deuxième fois sous peu. Sa petite Agnès, deux ans, accueillera en effet son petit frère à la fin mars.

«J’aborde le goût du risque de deux façons : les fois où j’ai pris des risques et où j’ai été content, et d’autres fois où j’ai eu peur. Car c’est ça, le risque. L’image que j’utilise toujours, c’est l’eau froide de la piscine quand on veut se baigner ; on a le choix de plonger ou pas. Parfois, on a peur de faire quelque chose, mais on en a aussi envie. C’est là-dessus que le thème est basé dans mon spectacle.»

Expériences en voyage, peur de la mort, cours de moto : le risque, pour Pierre Hébert, ne réside pas dans les sports extrêmes, mais dans le fait de sortir de sa routine établie et de sa zone de confort. Dans Le goût du risque, il confronte aussi notre propension toute québécoise à souvent «voir petit», à considérer qu’on est nés pour un petit pain, et notre tendance à la déresponsabilisation.

«À un moment donné, il faut prendre sa vie en main, signale l’artiste. Ce n’est pas vrai que le bonheur va venir cogner chez vous. Si tu veux être heureux, faire la job que tu aimes, être avec les gens que tu aimes, il faut prendre des risques. C’est le constat que j’ai fait.»

 La mise en scène du Goût du risque est le boulot de Charles Dauphinais, un habitué de l’Orchestre symphonique de Montréal et du milieu du théâtre, mais qui n’avait jamais assisté d’humoriste auparavant. Avec son bagage connexe, mais différent, Dauphinais a su faire en sorte que les spectateurs auront l’impression que Pierre Hébert leur raconte une histoire, et qu’il la débite pour la première fois.

«Je trouvais important qu’il n’ait jamais fait d’humour, indique Pierre Hébert. Je ne voulais pas qu’il embarque dans des réflexes et des patterns connus. Pour moi, la meilleure mise en scène dans un spectacle d’humour, c’est quand on ne la voit et ne la sent pas, c’est un million de petits détails qui rendent l’ensemble fluide et naturel.»

20 000 billets en deux jours

Difficile, en terminant, d’interviewer Pierre Hébert à propos du Goût du risque et de passer sous silence l’ingénieuse stratégie de mise en vente de ses billets, l’an dernier. Son équipe et lui invitaient alors le public à réserver leurs sièges pour l’une ou l’autre des dates fixées partout au Québec, au coût de 20$, sans toutefois préciser l’identité du comique pour lequel ils allongeaient leurs sous. Cette campagne d’humoriste mystère a obtenu un succès monstre, permettant d’écouler 20 000 billets en deux jours, et a probablement fait quelques jaloux parmi ses collègues.

«Si tu m’avais dit, quand on a eu l’idée, assis autour de la table, qu’on vendrait 20 000 billets, qu’on ferait planter la billetterie de certaines salles, et qu’on allait devenir le talk of the town, la nouvelle la plus partagée au Québec, jamais je ne l’aurais cru, rigole Pierre Hébert. Nous, on visait mille billets. On savait que c’allait marcher, mais jamais autant.»

En orchestrant cette audacieuse campagne de promotion, Pierre Hébert s’est inspiré des sacs à surprises au contenu inconnu qui trônent dans les dépanneurs et qui, inévitablement, attirent l’attention de tous les bambins.

«En vieillissant, on a encore le goût de se laisser surprendre par l’aventure. Je trouve qu’on a besoin de ça, dans la vie, d’inconnu, d’imprévu. Ça m’a confirmé que le thème touchait une corde sensible chez les gens. Nous, ce qu’on voulait, c’était de trouver un moyen que les journaux en parlent et que les gens puissent en profiter, sans être obligés d’investir une tonne d’argent en publicité.»

Une entreprise qui n’aurait pas obtenu de telles retombées avant l’ère des réseaux sociaux, lui fait-on remarquer.

«C’est ce que j’aime des réseaux sociaux. On a directement accès aux gens, ça crée une démocratisation entre l’artiste et le public. Moi, je crois à cette proximité. Jamais on n’aurait pu le faire si ce n’avait été des réseaux sociaux, et même d’Internet. Il y a des gens qui ont acheté leurs billets avec leur téléphone, dans l’autobus, en se rendant au travail ou à l’école. Si on recule de 20 ans, ça n’aurait pas été possible», abonde Pierre Hébert.

Pierre Hébert présentera Le goût du risque au Théâtre St-Denis, du 7 au 9 février, et y reviendra en supplémentaires les 15 et 16 mars et les 23 et 24 février 2018. Toutes les dates se trouvent sur son site web

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