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03/02/2017 11:46 EST | Actualisé 03/02/2017 11:47 EST

«J'ouvert» de Wyclef Jean: un amuse-bouche avant le plat principal? (ENTREVUE)

Wyclef Jean a séduit les foules avec Les Fugees, a conquis les fans avec ses albums solo... et n'a pas dit son dernier mot. Après sept ans de silence radio, l'auteur-compositeur-interprète nous revient en grande forme avec le EP J'ouvert ce vendredi, sorte «d'amuse-bouche» avant de nous lancer Carnival III: Road to Clefication, vingt ans après Carnival. Entrevue.

«ALLÔ, I'M COOL», lance Wyclef Jean au téléphone, visiblement bien excité de lancer ses nouvelles chansons. «Je vais tourner un vidéoclip pour ma reprise de Ne me quitte pas de Jacques Brel aujourd'hui. J'ai très hâte!» Fébrile aussi, puisque l'entrevue s'est tenue la fameuse journée de l'assermentation de Donald Trump le 20 janvier dernier. Comment voit-il l'élection de cet homme très controversé à la tête des États-Unis? «C'est définitivement une grande journée. Mon ami Dave Chapelle propose de donner une période de grâce de 100 jours à Trump, question de voir comment il s'en sort. Mais c'est certain que je vais être le premier à m'indigner sur CNN s'il perd les pédales!»

Trêve de politique, parlons musique. Quoique. Si J'ouvert est un EP festif à souhait, il ne manque certainement pas de teneur sociale et même, politique. «Il faut savoir que J'ouvert, c'est la fête qui précède un carnaval dans les Antilles. Donc, ça veut littéralement dire de bien se préparer à ne pas dormir pendant 4 jours! (Rires) Même si l'album évoque ce côté festif, sexy, il a un côté très social. Je suis inspiré par Bob Marley: je pense qu'on peut avoir du fun tout en parlant de sujets importants.» On pense bien sûr aux pièces Live Matters et If I Was President 2016, deux chansons aux thématiques très actuelles.

Malgré tout, Wyclef Jean tient à être clair: il perçoit J'ouvert comme une évasion possible, une pause dans notre époque si folle. «En pesant sur PLAY, je veux que les gens partent en voyage. Comme une escapade, une fuite. C'est une façon de fuir les élections, les drames, tout ce qui se passe aujourd'hui.» Le premier extrait avec Young Thug, I Swear, confirme la chose: mission réussie.

Au sommet, des doutes?

Wyclef Jean a beau être une figure marquante du hip-hop, il n'est pas à l'abri des remises en question. Après plus de sept ans de «pause», l'eau est passée sous les ponts. En est-il de même pour son succès? «Même si vous ne voyez pas à la radio ou à la télé, ça ne veut pas dire que j'ai arrêté de faire de la musique. Au contraire! J'appelle ça l'"espace commercial". Quand on veut s'y relancer, c'est comme se lancer dans l'océan.»

Une plongée qui fait peur? La chanson Ring, qui ouvre l'opus, pourrait donner cette impression: «En fait, j'essaie plutôt de dire que ce que j'ai fait avant n'est pas important. Je fais le lien avec les footballeurs: peu importe à quel point j'ai été un bon joueur, est-ce que mon équipe peut encore gagner? Est-ce que je peux encore avoir ma bague? Je pense qu'il faut se concentrer sur ce qu'on fait aujourd'hui, pas ce qui a été fait hier. Comme un gladiateur, avec mon épée et mon bouclier, je suis prêt à me battre, prêt à rapper.»

L'artiste est pourtant très confiant. «Quand je sors de la musique, je sais qu'elle va aller chercher ceux qu'elle doit rejoindre. La peur, les doutes, je l'ai vécue beaucoup plus en début de carrière, il y a 20 ans, en me demandant si j'allais pouvoir vivre de mon art. Aujourd'hui, je suis très optimiste et j'aimerais, en tant que citoyen, participer à une société meilleure avec ma musique. Je suis très excité. J'ai la chance de pouvoir me réinventer comme Madonna, Beyoncé, etc. Ma fille de 11 ans pense que je suis le père le plus cool de l'univers... Et je compte bien garder ça ainsi!»

Un joli but, qu'il risque de rencontrer avec J'ouvert, un EP très réussi pour un «amuse-bouche». On a déjà hâte au plat principal qui sortira cet été, Carnival III: Road to Clefication. Un album qui, dans un cycle involontaire (!) - «c'est fou hein?», sortira 20 ans après The Carnival (1997) et 10 ans après Carnival Vol. II: Memoirs of an Immigrant (2007). «C'est toujours la même chose. C'est une continuation naturelle. Après quelques années, je me dit qu'il est temps d'avoir du plaisir à nouveau.» C'est noté: on sera à l'écoute pour la prochaine partie de plaisir.

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