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31/01/2017 09:09 EST | Actualisé 01/02/2018 00:12 EST

Tir de missile: l'Iran appelle Washington à éviter de "nouvelles tensions"

L'Iran a appelé mardi les Etats-Unis à ne pas chercher à créer de "nouvelles tensions" à propos de son programme de missiles balistiques, dans un climat déjà empoisonné par la décision de Donald Trump d'interdire aux Iraniens de se rendre dans son pays.

Les Etats-Unis et Israël ont accusé lundi l'Iran d'avoir effectué un nouveau tir de missile à moyenne portée, Washington demandant une réunion d'urgence mardi du Conseil de sécurité de l'ONU.

Sans confirmer ni infirmer l'existence de ce tir de missile, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a dit "espérer que la question du programme défensif de l'Iran ne sera pas utilisé comme un prétexte" par la nouvelle administration américaine pour "provoquer de nouvelles tensions".

Il a affirmé que "la nation iranienne n'attend pas l'autorisation des autres parties pour se défendre". Mais, a-t-il ajouté, "nous avons toujours dit que nous n'utiliserons jamais nos armes contre les autres sauf s'il s'agit de nous défendre".

M. Zarif a insisté sur le fait que le programme balistique de l'Iran n'était pas "concerné" par l'accord nucléaire de juillet 2015 conclu avec six grandes puissances, ni par la résolution 2231 du Conseil de sécurité qui l'a entériné. Une position partagée par la Russie, alliée de l'Iran.

Les missiles iraniens "ne sont pas conçus pour porter des têtes nucléaires", a répété le chef de la diplomatie qui s'exprimait lors d'une conférence de presse commune à Téhéran avec son homologue français Jean-Marc Ayrault.

Ce dernier a rappelé que Paris avait fait part à plusieurs reprises de son inquiétude quant à "la poursuite des essais balistiques" par l'Iran. Ceux-ci "entravent le processus de restauration de la confiance mis en place par l'accord (nucléaire) de Vienne".

L'Union européenne a également exhorté Téhéran "à s'abstenir de toute action susceptible d'accroître la méfiance, comme des essais de missiles balistiques".

La Russie a, elle, dénoncé la réunion du Conseil de sécurité comme une tentative d'"envenimer la situation", en estimant que le tir d'un missile par Téhéran ne constituait pas une violation de la résolution 2231.

- Eviter 'l'escalade' -

La tension entre Téhéran et Washington, qui ont rompu leurs relations diplomatiques en 1980 au lendemain de la révolution islamique de 1979, s'est brutalement accrue depuis l'entrée en fonction le 20 janvier du nouveau président républicain Donald Trump.

Le gouvernement iranien a ainsi décidé d'appliquer le principe de réciprocité après la décision de Washington d'interdire pour trois mois l'entrée des ressortissants de sept pays à majorité musulmane, dont l'Iran.

De nombreux Iraniens, qui sont au moins un million à vivre légalement aux Etats-Unis, se sont retrouvés bloqués dans plusieurs aéroports à travers le monde après cette décision "honteuse" selon M. Zarif.

Les relations irano-américaines sont également suspendues à la politique de M. Trump vis-à-vis de l'accord nucléaire, qui avait permis de lever en janvier 2016 une grande partie des sanctions internationales frappant l'Iran.

Les intentions du président américain, qui avait promis pendant la campagne de "déchirer" cet accord qualifié de "stupide", suscitent nombre d'interrogations. Lors d'un entretien téléphonique lundi, M. Trump et le roi Salmane d'Arabie saoudite se sont déclarés pour une "application rigoureuse" de l'accord.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, dont le pays considère l'Iran comme son ennemi numéro un et qui a lui aussi vertement critiqué l'accord nucléaire, a affirmé qu'il évoquerait ce tir de missile avec M. Trump lors de leur entretien prévu le 15 février à Washington.

"Il faut tout faire pour éviter le moindre risque d'escalade", a estimé M. Ayrault dans une déclaration à l'AFP mardi soir avant de rentrer à Paris.

"L'accord nucléaire est un progrès considérable. J'ai dit à mes interlocuteurs iraniens qu'il faut qu'il soit respecté par tous les partenaires de façon scrupuleuse, par la partie iranienne elle-même, mais y compris pour les sanctions qui doivent être levées, je pense aux banques, et ça c'est le côté américain".

Il s'est déclaré "impressionné par l'inquiétude qui a été provoquée par le décret sur les visas" en Iran. "Ca a un effet très fort sur le plan psychologique. Il faut réagir avec sang-froid".

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