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31/01/2017 04:10 EST | Actualisé 01/02/2018 00:12 EST

Retour amer à Erbil d'une famille irakienne privée d'Amérique

Ils ont quitté leur emploi, vendu leur maison et pris l'avion pour commencer une nouvelle aux Etats-Unis... mais Fouad Charef, sa femme et leur trois enfants n'ont pas pu poursuivre leur voyage jusqu'au bout à cause du nouveau décret pris par Donald Trump.

Encore sous le choc de ce retournement de situation, Fouad Charef, 51 ans, feuillette un à un les passeports irakiens de sa famille, tous flanqués d'un visa d'immigration américain obtenu "après des années d'attente".

C'est au Caire où il font escale que le périple vers leur nouvelle vie s'est arrêté samedi. Un employé à l'aéroport leur demande leurs cartes d'embarquement puis reviens vers eux pour leur annoncer: "Vous êtes interdits de voyage vers les Etats-Unis".

Le décret signé vendredi par le nouveau président américain interdit l'entrée des Etats-Unis à tous les réfugiés ainsi qu'aux ressortissants d'Irak et de six autres pays à majorité musulmane afin de stopper selon lui d'éventuels "terroristes islamiques radicaux".

Dans le salon de l'appartement de son beau-frère où sa famille s'est installée depuis qu'elle a été rapatriée à Erbil, au Kurdistan irakien, la déception de Fouad Charef se mêle à la colère.

"J'ai aidé le gouvernement américain, j'ai travaillé avec eux durant des moments de crise et j'ai mis ma vie en danger", affirme ce père de famille qui travaillait pour l'ONG américaine RTI International liée par contrat au gouvernement américain.

"Trump et sa nouvelle administration nous ont laissés tomber", déplore-t-il, soulignant que certains de ses collègues avaient perdu la vie.

Avant de partir "j'ai dû vendre toutes mes possessions, ma femme et moi avons quitté notre emploi et déscolarisé nos enfants", dit-il avec amertume.

Et après deux années d'attente, les Américains "m'ont donné un visa" en confirmant "que je ne représentais aucun danger pour les Etats-Unis et le peuple américains".

Les restrictions de Washington interviennent alors que l'armée irakienne mène depuis octobre une vaste offensive contre le groupe Etat islamique (EI) dans son fief de Mossoul (nord), en soutien avec la coalition internationale antijihadiste sous commandement américain.

Le ministère irakien des Affaires étrangères a estimé lundi "nécessaire que la nouvelle administration américaine reconsidère sa décision erronée".

Fouad Charef indique avoir envoyé une requête à l'ambassade américaine à Bagdad leur demandant des conseils. "Je n'ai jusqu'à présent pas reçu de réponse".

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