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31/01/2017 03:44 EST | Actualisé 01/02/2018 00:12 EST

Pakistan: manifestations après la détention d'un suspect présumé des attentats de Bombay

Des centaines d'islamistes ont manifesté mardi au Pakistan pour protester contre l'assignation à résidence de l'un des cerveaux présumés des attentats de Bombay en 2008, tandis que New Delhi exigeait une action "crédible" contre les groupes jihadistes.

Quelque 300 personnes ont défilé à Multan (centre du Pakistan), brûlant le drapeau indien et accusant le gouvernement d'avoir cédé aux pressions des Etats-Unis. D'autres manifestations étaient également prévues dans plusieurs grandes villes du pays dont Islamabad, Karachi, Muzaffarabad (Cachemire), et Lahore.

Hafez Saeed, interpellé lundi soir dans une mosquée de Lahore et assigné à résidence, est le chef du groupe pakistanais Jamaat-ud-Dawa (JuD). Il a été placé en "détention préventive", a indiqué le ministère de l'Intérieur. L'intéressé a dénoncé un "mandat d'arrêt illégal", et annoncé qu'il allait le contester en justice.

Jamaat-ud-Dawa se présente comme un organisme caritatif mais est considéré comme une "organisation terroriste" par les Nations unies. Selon les Etats-Unis et l'Inde, il serait la vitrine du Lashkar-e-Taiba (LeT), le groupe extrémiste responsable des attentats de Bombay (166 morts).

En 2012, les Etats-Unis avaient offert une récompense de 10 millions de dollars pour toute information conduisant à l'arrestation ou à la condamnation de Saeed.

Ce dernier était néanmoins libre de ses mouvements au Pakistan, où il prononçait régulièrement de violents discours contre l'Inde. Son organisation Jamaat-ud-Dawa jouit d'une certaine popularité au Pakistan grâce à l'aide caritative qu'elle apporte aux victimes de catastrophes naturelles (séismes, inondations...).

De l'autre côté de la frontière, New Delhi a réagi à la nouvelle de son interpellation en appelant le Pakistan à lutter de manière "crédible" contre les jihadistes.

"Seule une réponse crédible contre l'organisateur de l'attaque terroriste de Bombay et les organisations terroristes impliquées dans le terrorisme transfrontalier prouverait la sincérité du Pakistan", a déclaré le ministère des Affaires étrangères indien.

Amir Rana, analyste pakistanais spécialisé dans les questions de sécurité, a attribué pour sa part l'arrestation de Saeed à la volonté d'Islamabad d'éviter d'être isolé sur la scène internationale et perçu comme jouant un "double jeu".

"Il y avait de la pression sur la politique étrangère du Pakistan, en particulier au sujet de ce groupe", estime-t-il. Selon l'expert, le JuD, bien que lié aux milieux jihadistes, s'efforce de se transformer en mouvement politique, si bien que le risque de réaction violente de ses partisans apparaît réduit.

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