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31/01/2017 17:36 EST | Actualisé 01/02/2018 00:12 EST

Comment mieux inclure les athlètes transgenres dans les sports au Canada?

Un groupe de chercheurs canadiens s'intéresse aux obstacles auxquels font face les sportifs transgenres, et au manque de politiques pour faciliter l'inclusion de ces athlètes dans les sports récréatifs et de haut niveau.

Un texte de Camille Gris Roy

Des chercheurs de l’Université du Manitoba (UM) et de l’Université St. Francis Xavier, en Nouvelle-Écosse, mènent présentement des entrevues pour entendre la perspective d’athlètes qui s’identifient comme transgenres.

À partir de ce qu’elle a déjà recueilli, la Dre Sarah Teetzel, doyenne associée de la Faculté de kinésiologie et de gestion de loisirs de l’UM, constate un « climat frileux » dans les administrations sportives.

Le Centre canadien pour l’éthique dans le sport (CCES) s’intéresse aussi à ces enjeux. Le président-directeur général Paul Melia souligne qu’un grand défi, c’est « la conception binaire du genre - homme ou femme - autour de laquelle le sport est organisé. »

« Les compétitions sont structurées autour de ces deux genres, et les athlètes transgenres des fois ne savent pas [....] à quelle catégorie ils appartiennent », note-t-il. En gardant cela en tête, il estime qu’il faut créer un environnement sécuritaire pour les sportifs trans.

On ne peut pas nécessairement tout renverser dans les sports, et ne plus avoir de classifications. Mais il faut s’assurer que les individus trans sont capables de participer selon le genre auquel ils s’identifient.

Paul Melia, pdg du Centre canadien pour l'éthique dans le sport

Concurrence équitable?

La professeure Sarah Teetzel note que les obstacles sont aussi dans les attitudes : « Il y a beaucoup de suppositions ». Pour compléter leur étude, les chercheurs s’intéressent aussi, justement, au point de vue d’athlètes non trans et à leurs inquiétudes.

Par exemple, certains craignent que la concurrence soit débalancée dans des compétitions où des athlètes trans sont admis. « Il y a un réel conflit entre le désir d’être inclusif [....] et la peur de poser des questions, remarque Sarah Teetzel. Les athlètes [non trans] à qui nous avons parlé sont sincèrement préoccupés par la question d’équité. Mais en même temps, ils ne savent pas : est-ce qu’on [préserve bien] la concurrence équitable? »

« Certains athlètes présument des choses par rapport aux athlètes trans en se basant sur leur apparence », ajoute aussi Paul Melia.

Objectif : plus de politiques

En 2016, le CCES a publié un « guide d’orientations politiques », pour aider les organismes sportifs du pays à élaborer leurs propres politiques d’inclusion des personnes transgenres ou transsexuelles.

Pour l’instant, les organisations qui ont établi des politiques de ce type restent rares au pays. Au niveau local au Manitoba, la professeure Sarah Teetzel mentionne tout de même les efforts de la Manitoba High Schools Athletic Association (MHSAA), qui a adopté une « politique sur les étudiants transgenres » en février 2015.

Cette politique dit que « tout athlète étudiant transgenre peut participer pleinement et en sécurité » aux activités sportives, selon le genre auquel il s'identifie.

« Notre association voulait être proactive et moderne, et vraiment on voulait juste se concentrer sur l’égalité », explique le président de la MHSAA Chad Falk. Selon lui, cela envoie le message que chaque athlète trans de l'association peut se sentir à l’aise en prenant part aux activités.

Mais pour le reste, les chercheurs de l’étude constatent qu’il y a encore du chemin à faire.

Beaucoup d’organisations sportives au Canada, y compris Sport Canada, U Sports, et l’Association canadienne du sport collégial n’ont pas développé de politiques formelles.

Dre Sarah Teetzel, Université du Manitoba

« Les athlètes qui sont au plus haut niveau vont dépendre des normes du Comité international olympique, qui ont d’ailleurs été révisées fin 2015 pour qu’elles soient bien plus inclusives, dit la professeure Teetzel. Mais il faut se rappeler que ça ne s’applique qu’à la participation olympique et donc pas aux niveaux national, provincial, et en particulier récréatif. »

Elle espère que leur étude permettra d’aider à développer davantage de politiques de ce type. Les chercheurs prévoient terminer la phase d’entrevues d’ici la fin de l’année 2017, pour ensuite rédiger des recommandations. Ces recommandations seront d’ailleurs transmises au CCES.