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30/01/2017 05:15 EST | Actualisé 02/02/2017 05:40 EST

Colère et unité après la fusillade en pleine mosquée à Québec

MISE À JOUR

La Sûreté du Québec a annoncé lundi midi qu'un seul des deux hommes arrêtés dimanche soir était maintenant considéré comme un suspect. Il s'agit d'Alexandre Bissonnette. L'autre homme qui a été interpellé est dorénavant considéré comme un «témoin».

L'incompréhension après la fusillade à la mosquée de Québec a vite laissé place à la colère pour certains, la peur dans un pays jugé sûr pour d'autres et aux messages d'unité et d'amour envers les musulmans.

Six morts, huit blessés dimanche soir. Tous des musulmans venus assister à la dernière prière.

"Ils sont arrivés en panique. Ils étaient en train de prier quand ils ont entendu les coups de feu. Ils sont arrivés nu-pieds", explique Louis-Gabriel Cloutier, gérant du café-boulangerie "La Boîte à Pain" qui a décidé de rester ouvert.

Au beau milieu de la nuit, il avoue être "sur le point de craquer". Il était en train de fermer l'établissement lorsqu'il a vu des fidèles courir depuis la mosquée à une bonne centaine de mètres.

Un homme, fidèle d'une autre des dix mosquées de la ville, arrive la mine sombre près du périmètre de sécurité. "Je connais des gens qui se trouvaient à l'intérieur et jamais je n'aurais pensé qu'une telle chose aurait pu se passer", dit ce trentenaire qui refuse de donner son identité.

Plutôt bravache d'ordinaire, Régis Labeaume, le maire de Québec, retient difficilement un sanglot dans la nuit de lundi.

"Je veux exprimer ma révolte, ma révolte devant ce geste crapuleux", lâche l'édile pour qui "aucun humain ne devrait payer de sa vie du fait de sa race, de sa couleur, de son orientation sexuelle, ou de sa croyance religieuse".

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'Nous les aimons'

En colère après cette tragédie, le maire de Québec tente aussi d'apaiser la douleur des quelques milliers de musulmans, "ceux qui sont nos voisins, nos concitoyens et concitoyennes".

"Je vais leur dire que nous les aimons" en les recevant lundi à la mairie, mais aussi "les réconforter parce qu'il y a sûrement des chocs incroyables qui vont durer" pour ces personnes, dit-il.

Alerté par un de ses amis, Hamid Nadji est immédiatement venu au centre culturel islamique de Québec où s'est déroulé le drame.

Mais difficile pour lui - comme pour les nombreux badauds venus malgré le froid glacial -, d'approcher de la mosquée, sise au croisement du chemin Sainte-Foy et de la route de l’Église dans ce quartier à une dizaine de kilomètres à l'ouest du coeur historique de Québec.

La police a bouclé un large périmètre de sécurité et Hamid Nadji s'est réfugié à "La Boite à Pain".

Il ne fréquente pas "de façon habituelle" la mosquée mais seulement "pour les grands événements" et il est "venu sur place pour tenter de comprendre".

"Pour nous musulmans, le Québec et le Canada étaient auparavant une zone sûre", estime Hamid Nadji interrogé par l'AFP en faisant référence au vif débat de société sur la laïcité en 2014 avec un projet de "charte des valeurs" -finalement avorté -, qui devait interdire le port de signes religieux dans la fonction publique.

Depuis, plusieurs actes à caractère raciste ont été déplorés au Canada comme du sang de porc jeté sur les murs des mosquées ou des autocollants haineux apposés dans des quartier d'immigrants.

"La diversité est notre force et, en tant que Canadiens, la tolérance religieuse est une valeur qui nous est chère", a rappelé lundi Justin Trudeau, le premier ministre canadien après la fusillade de la mosquée de Québec.

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